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43000 Le Puy-En-Velay
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Le Guêpier
Georges d’Aurac
2006 - 248 pages

Un roman policier dans les années 50 en Auvergne et Velay

ISBN : 9782911794506

Quantité :

18.00 €

Format 14 X 22,5 cm - 222 pages

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Résumé
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Le titre est un peu surprenant mais il correspond à l’idée que Georges d’Aurac veut donner de son personnage principal, Liliane, présenté comme une abeille active et innocente qui, par amour filial plus que par curiosité, se laisse égarer parmi de méchantes guêpes. C’est pourquoi Le guêpier ne ressemble pas aux ouvrages précédemment publiés. Nous avions déjà vu Georges d’Aurac posant et résolvant quelques énigmes mais, cette fois-ci, il raconte une intrigue complète et il nous donne un véritable roman policier avec tous ses éléments : un crime longtemps inexpliqué, un faux coupable, une recherche menée avec passion et avec soin, des témoins qui se contredisent, la découverte de plusieurs coupables possibles, une issue pas tout à fait inattendue et lentement dévoilée. Il n’y manque que le policier professionnel qui est ici remplacé, non sans bonheur, par une frêle jeune fille. Ainsi Georges d’Aurac donne-t-il à son roman policier une originalité très sympathique.


Extrait de la préface d’Auguste Rivet
Secrétaire Général du
Centre Culturel Départemental de la Haute-Loire

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Auteur
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Georges d’Aurac a écrit 43 romans, des histoires prises sur le vif, tranches de vie de personnages de la vie locale. Sa peinture du milieu rural exprime l’âme paysanne dans un style simple, vivant, agréable et imagé. L’auteur possède l’art de tenir en suspens ses lecteurs et de préparer des dénouements et des rebondissements tout à fait inattendus.

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Chapitre 1 : La villa des Hêtres rouges


Madame Louise Grangemont écrivait dans le salon, au rez-de-chaussée. Les grandes baies qui donnaient sur le parc, laissaient pénétrer à flots la douce lumière d’avril, qui se jouait dans les glaces et sur le parquet ciré. Aucune rumeur ne brisait le calme de l’après-midi, sauf, d’heure en heure, le train de banlieue qui circulait sur la ligne de Paris, toute proche, ou bien le vrombissement d’un avion qui regagnait la base du Bourget. Quelqu’un qui, d’un coin de campagne perdue, eût été transporté dans ce salon, à son insu, et mis en demeure de deviner où il se trouvait, n’eût jamais pensé que l’immense capitale fût si près de là. La haute futaie du parc, avec ses hêtres centenaires et ses platanes géants, entretenait autour de la villa une telle solitude et, quand la nuit tombait, une ombre si dense que l’on se serait cru à l’orée d’une immense forêt, loin des villes tumultueuses. Et pourtant une distance d’à peine dix-huit kilomètres s’étendait entre la villa des Hêtres rouges et Paris. Des fenêtres du grenier, il était possible d’apercevoir, par temps clair, la butte de Montmartre, dominée par les coupoles du Sacré-Cœur et, plus près encore, le faubourg populeux de Saint-Denis où se dressaient les murs gris de la vieille basilique, gardienne des tombeaux de nos rois.
Quelle oasis inattendue, cette petite ville de Saint-Leu-La-Forêt, dont les toits rouges s’étalent au bord du bois de Montmorency ! Elle est le type parfait de ces agglomérations de la grande banlieue parisienne, où viennent camper, chaque soir, pour en repartir au matin, les employés de toute plume, les fonctionnaires de tout guichet dont Paris a besoin pour « tourner ». Paris ressemble à une énorme machine, dont les rouages, « conscients et organisés », se détachent d’eux-mêmes de leur engrenage, quand cesse le travail, et s’emboîtent, chaque matin, avec la même précision, quand les trains de banlieue les ont versés, en pièces détachées, sur les quais des gares parisiennes.
La plume de madame Grangemont se hâtait sur le papier. Son léger crissement ressemblait au bourdonnement d’une mouche. L’écriture qui émanait du stylo, était haute et bien moulée – une écriture distinguée somme toute. Et s’il est vrai que l’écriture traduit quelque chose du caractère humain, celle de madame Grangemont révélait une âme calme et élevée. De temps en temps, elle s’arrêtait d’écrire et tendait l’oreille. De l’étage supérieur, lui arrivait une rumeur étouffée de conversation que ponctuait parfois une brève exclamation. Alors madame Grangemont souriait ; sur son visage sévère, où se manifestaient les signes de la quarantaine, se jouait un éclair de gaîté qui s’éteignait vite, comme sous la poussée d’une secrète et vivace angoisse. On eût dit une rapide échappée de soleil au milieu d’un ciel opaque où soudain une brèche se creuse…
Puis son regard se dirigea sur le mur en face d’elle, et s’arrêta quelques instants sur une aquarelle dont le jeune soleil d’avril réjouissait les couleurs vives. Le tableau représentait le rocher d’Aiguilhe dont la forme svelte se reflétait dans les eaux vertes de la Borne. Cette présence pittoresque n’avait rien de surprenant, si l’on songeait à la célébrité du fameux dyke vellave. Le rocher d’Aiguilhe était aussi bien à sa place à Saint-Leu-La-Forêt, dans la villa des Hêtres rouges qu’il l’eût été dans n’importe quel musée du monde, pourvu qu’un peintre célèbre eût fixé le charme sur une toile de valeur. Ce qui aurait surpris l’observateur le moins attendu, c’était le regard ému que madame Grange-mont portait sur l’aquarelle. Quels souvenirs lui évoquait-elle ? Quel lien invisible et cher unissait ce regard levé à la chapelle Saint-Michel, debout sur le rocher, si près du Puy-en-Velay.
Madame Grangemont reprit sa plume. Ce qu’elle écrivait maintenant, était en relation directe avec ce qu’elle venait d’entendre et de voir :
« Je me suis arrêtée un instant pour écouter Liliane ; elle prend justement sa leçon habituelle d’histoire avec monsieur le curé de Saint-Leu. Sa voix de dix-huit ans met un peu d’animation dans la maison si triste. La pauvre enfant ne se doute pas encore du drame qui a bouleversé mon existence et la sienne. Mais je pressens avec angoisse que l’heure ne tardera pas où elle posera certaines questions et demandera des explications. Déjà elle a des airs rêveurs qui laissent présager une réflexion en action, peut-être une inquiétude. Et que lui dire ? Pourtant, il faudra bien parler…
Je viens de jeter un regard sur Saint-Michel d’Aiguilhe. Que de fois, jadis, j’ai gravi les escaliers du Rocher, jusqu’à l’Archange ? Désormais je ne puis faire ce pèlerinage qu’en pensée. Ah ! puisse le grand Soldat de Dieu écarter des pas de Liliane les dangers inconnus ! Vous me direz qu’après quinze ans, il n’y a plus rien à redouter. Je ne sais pourquoi un pénible pressentiment ne cesse de me… »
Soudain un coup, frappé à la porte du salon, suspendit le mouvement de la plume.
– Entrez ! dit madame Grangemont.
La porte s’ouvrit. Un vieillard entra, effaré.
– Ah ! c’est vous, mon oncle ! s’écria-t-elle.
Réginald Clermal était son oncle paternel. La villa des Hêtres rouges lui appartenait. Quand, à la suite de graves événements, madame Grangemont et Liliane étaient venues s’installer chez lui, quinze ans auparavant, le vieillard n’avait pas vu sans inquiétude, cette intrusion qu’il ne pouvait d’ailleurs éviter. Dans la situation où ses nièces se trouvaient alors, il était leur seul recours. Sans doute n’avait-il pas hésité à leur ouvrir les portes de sa demeure. Mais il l’avait fait sans enthousiasme, uniquement par devoir.
Vieux garçon et collectionneur enragé de papillons et de coléoptères, voire de cailloux et de plantes, dont son parc et la forêt de Montmorency lui offraient quelques spécimens, il vivait en solitaire. Pourtant, de loin en loin, un voyage, au bénéfice de sa chère collection, l’entraînait loin de Saint-Leu. C’était tantôt l’Afrique du Nord, tantôt l’Allemagne ou la Suisse. Aussi craignait-il que la présence auprès de lui de ses hôtes imprévus ne bouleversât son existence et ne combattît les petites manies qui s’accrochaient à lui, comme le lierre sur un vieux mur.
Mais il s’avéra bientôt que ses craintes n’avaient aucune raison d’être. Ses chères habitudes ne subirent aucun dommage. Madame Grangemont, tout entière aux soins qu’exigeait la petite Liliane, alors âgée de trois ans, s’était vite révélée de tout repos. De plus, elle avait assuré l’entretien de la maison, la surveillance du potager et du parc, ce qui avait délivré le vieillard de soucis qu’il ne se sentait ni le goût ni la compétence d’assumer.
Mis au courant du malheur qui frappait Louise Grangemont et l’obligeait, sinon à se cacher, du moins à faire oublier son nom, il avait gardé le secret de sa nièce avec d’autant plus de facilité qu’il était peu enclin au bavardage et n’avait, pour ainsi dire, aucune relation, sauf quelques originaux comme lui, préoccupés d’insectes et de botanique. Encore ne les voyait-il que deux ou trois fois par an, pour discuter à perte de vue sur des sujets absolument étrangers aux préoccupations ordinaires de l’humanité.
Mais cet après-midi, Réginald Clermal paraissait fort inquiet.
– Vous n’avez rien remarqué, ces jours-ci, dans le comportement de Liliane ? demanda-t-il tout de go à sa nièce.
Madame Grangemont ne put s’empêcher de sourire. L’inquiétude de son oncle semblait correspondre à celle qu’elle exprimait tout à l’heure dans sa lettre. Et cette rencontre sur un terrain où le vieillard ne la suivait jamais, lui parut savoureusement comique.
– Non, fit-elle. Sinon qu’elle grandit. Cette une jeune fille maintenant !
– Oh ! une jeune fille ! bougonna le vieillard. Une enfant, vous voulez dire ?
Louise sourit de nouveau. Oncle Réginald, en dehors de ses insectes, ne s’intéressait jamais à l’évolution des êtres humains. Liliane restait toujours pour lui la toute petite fille qu’il avait vu bondir pour la première fois, quinze ans plus tôt, sur les pelouses du parc. Pourtant Louise Grangemont reprit assez vite son sérieux. Si ce grand enfant de soixante ans qu’était oncle Réginald, avait remarqué du nouveau dans la conduite de Liliane, cela devait crever les yeux ; mais comment ne s’en était-elle pas aperçu ? Allons ! ce ne devait pas être bien grave.
– De quoi s’agit-il, mon oncle ?
– Tout à l’heure, je passais devant la chambre où Liliane prend sa leçon et j’ai tendu l’oreille… Cela m’amuse d’entendre cette gamine parler, comme un chef de bataille, des guerres de Napoléon et des vicissitudes de la Grande Armée. Vous savez que le curé de Saint-Leu qui a l’honneur d’avoir, dans la crypte de son église, le tombeau des Bonaparte, ne perd pas une occasion de lancer Liliane sur son thème favori. Mais ce matin !
– Eh bien ! ce matin ? fit Louise Grangemont dont la curiosité commençait à s’éveiller.
– Ce matin, ils ne parlaient pas de Napoléon ; ils faisaient de la géographie. Figurez-vous que Liliane interrogeait son maître sur le Massif Central…
– Quel mal y a-t-il ? interrompit Louise. Le Massif Central est inscrit au programme de géographie, et il est bien naturel que...
– Vous ne me laissez pas finir ! Écoutez la suite.
Et le vieillard, scandant les mots, ajouta :
– Liliane demandait à monsieur le curé de lui parler spécialement de la Haute-Loire !
Cette fois, madame Grangemont tressaillit. Son visage prit un air de stupéfaction qui n’était pas feint :
– Comment ? de la Haute-Loire ? Vous êtes sûr que ce n’était pas une question quelconque, comme les élèves en posent sans l’ombre d’une arrière-pensée ?
– Je l’ai cru d’abord, avoua oncle Réginald ; mais à une question de monsieur le curé que je n’ai pas bien comprise, Liliane répliqua : « C’est une curiosité qui m’est venue depuis quelque temps. J’aime ce pays sans le connaître. »
– Vous voyez bien que Liliane aurait parlé autrement, si elle n’avait eu, en vue, que son programme !
– Pourtant, dit rêveusement Louise, jamais je ne lui ai dit que nous étions originaires de la Haute-Loire, et je pense que vous, vous-même…
– Jamais, non plus, la moindre allusion à ce sujet ne m’a échappé ! s’écria Réginald. S’il y a eu fuite, et comment en douter, elle ne vient pas de moi !
– Et que s’est-il passé ensuite ? demanda madame Grangemont, qui gardait dans son for intérieur quelque doute sur la discrétion de son oncle, trop distrait et trop facile à duper pour être totalement à l’abri d’une parole imprudente. Il était certainement de bonne foi, en protestant de sa réserve ; mais n’avait-il pas été à son insu amené à dire un mot de trop que Liliane a pu interpréter, de façon à s’aventurer sur la voie d’un secret, qu’on lui avait caché soigneusement jusqu’ici ?
– Après, Liliane a posé des questions sur Le Puy-en-Velay !
– Elle n’a rien demandé sur Langeac ? fit anxieusement Louise.
– Je ne pense pas. Ce serait le comble !… En tout cas, je les ai laissés en train de parler du Puy et je suis venu immédiatement vous prévenir…
 

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