Editions Jeanne d'Arc

Editions Jeanne d'Arc
Editions locales

Editions Jeanne-d'Arc
25 rue de la Gazelle
43000 Le Puy-En-Velay
Tél. 04 71 02 11 34

Le fou blanc
Pierre Petit
2006 - 272 pages

Une atmosphère digne d'Agatha Christie

ISBN : 9782911794490

Quantité :

19.00 €

Format 14 X 22,5 cm - 272 pages

Résumé - Auteur - Lire quelques pages
 

Résumé
.............................................................................................

« Le Dzeuzé », s’est pendu dans sa cuisine, Blaise s’est mis une balle dans le ventre en chassant les rongeurs dans sa grange, Philomène s’est rompu le cou en tombant dans l’escalier de son grenier. Deux vieillards meurent ensemble à l’hospice.
Cela n’émeut pas plus la médecine que la maréchaussée. Mais Paul Martin, qui ne croit ni au suicide, ni à la fatalité, ni aux coïncidences, enquête et se retrouve en proie aux attaques de l’hiver et de ses ennemis.


« La voiture devait circuler en veilleuses, je n’ai pas vu de phares. Au milieu de la rue, j’ai entendu la voix de Cécile qui criait “Attention !“, puis je me suis senti poussé dans le dos. En tombant j’ai entendu un choc sourd et le bruit d’un moteur qui s’emballait. J’ai ramassé une de mes béquilles et me suis relevé. Il n’y a plus rien dans la rue, rien que le corps de Cécile, recroquevillé et immobile contre le trottoir.
Je me précipite autant que je le peux. Babet qui, depuis sa porte, semble avoir tout vu, me rattrape en hurlant avant que je ne parvienne auprès de la blessée. »

retour haut de page
 

 

Auteur
.............................................................................................

Pierre Petit est né à Craponne (Haute-Loire) où il vit après une carrière d’informaticien.
Il a publié des nouvelles, il est lauréat 2004 du concours Quelles Nouvelles?
Son premier roman Les filles de la Toussaint est paru en 2005.

retour haut de page

 

Lire quelques pages
.............................................................................................

 

1


L’astronome l’affirme et le météorologue le confirme : du solstice de décembre à l’équinoxe de mars, on est en hiver. En hiver, on n’est vraiment bien que chez soi et il faut s’y tenir. C’est ce que font les ours et ils s’en trouvent bien. Cet idéal de plantigrade n’est hélas pas toujours à la portée des humains qui doivent mettre le nez dehors. L’hiver, qui les attendait au tournant, leur saute alors sur le poil comme la misère sur le pauvre monde et il leur faut se résigner à le subir.
Et on peut dire que je le subis, depuis une demi-heure que je patauge dans la neige jusqu’aux cuisses sur le chemin de la ferme du Dzeuzé. J’essaye bien de mettre mes pas dans les traces de ceux qui m’ont précédé mais, plus souvent qu’à mon tour, je suis contraint de sortir les mains de l’abri douillet des poches de ma canadienne pour rétablir mon équilibre.
La vaste cuvette que je traverse est cernée de bois de pins noirs poudrés de neige, et striée par les haies basses et les rangées de frênes qui bordent les prés.
Je suis seul dans ce paysage en noir et blanc, seul sur le chemin creux rempli, par la tempête de l’autre semaine, d’une neige que jusqu’à ce matin personne n’avait foulée. Le ciel s’est encore abaissé, couvercle de plomb mat lourd d’une neige que seul le froid empêche de tomber. Si la température remonte au voisinage de zéro, nous aurons droit à une nouvelle tempête. La bise souffle sans conviction, soulève des volutes de neige et fait courir des ruisseaux de poudre qui coulent en zigzag devant moi. On sent qu’elle se retient, qu’elle attend pour se déchaîner que la neige recommence enfin à tomber. Pour l’heure, il semble qu’elle se contente d’envoyer tout l’air du Pôle Nord sur mon oreille droite, ce qui me met de fort méchante humeur.
Franchement, le Dzeuzé aurait pu choisir une autre saison pour se manifester ! Dieu sait ce qu’il a encore imaginé… Ce sont les gens du village à l’écart duquel se trouve sa ferme qui m’ont appelé depuis le téléphone public. Il est vrai qu’ils ont coutume de le faire toutes les fois qu’il fait des siennes : outre ma fonction de correspondant local de la Presse, je suis son vague cousin par nos mères et très probablement le seul semblant de famille qu’il lui reste. Cette fois-ci, il semble qu’il y ait quinze jours qu’on ne l’a vu hors de chez lui. Que le Dzeuzé, en état de marche, puisse rester plus de vingt-quatre heures sans se rendre au bistrot relève du fantasme, alors deux semaines ça les inquiète un peu.
Antonio n’étant pas libre, je n’ai pas cru devoir confier ma boutique à Armande, d’ailleurs de plus en plus gâteuse. La pratique n’est pas telle, en cette saison, qu’il y ait besoin d’être là vingt-quatre heures sur vingt-quatre et, entre nous, l’héritage de Virginie me permet de vivre sans avoir l’œil rivé à mon livre de comptes. J’ai pu parvenir à moto jusqu’au village en roulant au pas, les deux pieds glissant sur la neige durcie de la route. J’ai garé ma machine sous le bûcher en face de la maison Maillard, surveillé à travers l’entrebâillement d’un rideau de dentelle par l’œil noir de la vieille Léonie. Le village semblait désert : les habitants mâles doivent se trouver chez le Dzeuzé et y attendre les gendarmes qu’ils ont dû prévenir en même temps que moi.
La seule chose qui me mette un peu de baume au cœur, dans ces intempéries, c’est justement de penser qu’Alphonse et ses sbires, qui sont forcément derrière moi, vont patauger dans cette même neige et, comme moi, tremper leur pantalon.
Peut-être pas, après tout… Voici qu’arrive, précédé du rugissement de son monstrueux moteur, le tracteur d’artillerie réformé qui sert de chasse-neige à la commune. Je m’écarte en vitesse car « Mac Mahon », le conducteur, n’est qu’à moitié fin et pourrait bien décider de ne pas s’arrêter pour ne pas perdre son élan. L’étrave passe à moins d’un mètre, m’ensevelissant presque. Dans le sillage du monstre et le brouillard d’essence imbrûlée que crache un tuyau d’échappement gros comme une buse de poêle, suit la Jeep des gendarmes. Assis à la place du chef, Alphonse me fait un petit signe condescendant mais se garde bien de s’arrêter pour me prendre. Je reviens sur le chemin dégagé et reprends ma marche en direction de la ferme.
À peine ai-je fait trois pas que voilà une autre voiture. Je me retourne par acquit de conscience mais j’avais déjà reconnu le bruit caverneux du moteur de la Prairie d’Antoine Gaufier, médecin, chauve et barbu de son état. Il daigne me prendre, lui, et, comme il fait bon dans sa voiture, mon pantalon se met à dégouliner. Gare à la sortie quand il va regeler !
Arrivé devant la ferme, Mac Mahon reste fidèle à sa réputation de ne pas s’embarrasser de contingences. Comme nos voitures sont derrière son mastodonte, plutôt que de manœuvrer il fait une boucle à travers prés pour rejoindre le chemin et repartir en direction du village.
Alphonse est déjà descendu de sa Jeep et s’approche du petit groupe d’hommes qui, à notre arrivée, étaient agglutinés devant la fenêtre cherchant à voir à l’intérieur. Nous nous approchons à notre tour et serrons quelques mains. Je serre même celle d’Alphonse à qui je lance un regard noir et qui reste impavide avec ce pétillement de l’œil que je connais si bien.
Il entre tout de suite dans le vif du sujet, lançant à la cantonade :
– Qu’est-ce qu’il se passe ici ?
C’est un fin psychologue, Alphonse, qui sait que, dans un groupe, celui qui va s’improviser porte-parole n’est presque jamais celui auquel on s’adresse en premier. Et il a raison une fois de plus car une voix part de derrière le groupe. Les autres s’écartent. Je connais bien celui qui vient de parler. Ce ne pouvait être que lui : Émile Valeste dit « La Couffle », caporal-chef en retraite de l’infanterie coloniale, grande gueule s’il en fut, soiffard notoire et toujours prêt à vous en raconter une bien bonne. Son histoire du jour est interminable, truffée de « comme qui dirait », de « pour ainsi dire » et de « comme ça ».
Il en ressort que les gens du village, habitués à voir le Dzeuzé à des moments qui, compte tenu des trajets, correspondaient aux heures d’ouverture et de fermeture des bistrots de Fontbonne, ont fini, après deux semaines d’éclipse du susdit, par dépêcher à sa ferme le jeune Dulong qui a fait son service militaire à Barcelonnette et possède une paire de skis...
L’intéressé coupe la parole à La Couffle :
– J’y voyais pas trop par la fenêtre, à cause du givre sur les carreaux, mais j’ai entendu gémir à l’intérieur et puis, à travers le givre, par le carreau du dessus on voyait vaguement comme un visage, haut, très haut, bien plus haut que la fenêtre. En plus, quand j’ai vu les corbeaux, j’ai compris qu’il y avait du vilain. Alors, j’ai fait fissa pour rentrer au village.
– Les corbeaux ? Quels corbeaux ?
Pour toute réponse, les hommes tendent le bras dans la direction du grand frêne, à cinquante mètres au milieu du pré. Je ne l’avais pas remarqué en arrivant mais l’arbre me semble avoir retrouvé son feuillage, un feuillage noir et malsain. Il y a là une bonne centaine de corbeaux, parfaitement immobiles et silencieux, tournés dans notre direction.
– Il y a longtemps qu’ils sont là ?
Personne ne le sait mais, en y repensant, il y a bien deux ou trois jours qu’on ne les a vus dans le bois de pins de l’autre côté du lavoir où, d’habitude, ils passent la nuit.
La Couffle, qui piaffait depuis un moment, reprend la parole :
– Nous avons bien compris qu’il était arrivé quelque chose alors nous avons téléphoné à son cousin – et il me désigne –, aux gendarmes et même au docteur. Ensuite nous sommes venus ici pour vous attendre et voir si nous pouvions aider.
– Et profiter du spectacle, grogne Alphonse. Est-ce que quelqu’un a une idée de la façon dont on peut entrer ?
Ce disant, il manipule la poignée et, ô surprise, la porte cède. Il la referme tout de suite et se tourne vers nous :
– Personne n’entre, excepté les gendarmes et le docteur.
Je lance, un peu vexé :
– Et moi, alors ?
Il hausse les épaules :
– J’oubliais : et la Presse...
Il se retourne et pousse la porte. À peine est-elle entrebâillée qu’un chien se glisse par l’ouverture et passe entre ses jambes, manquant le renverser. L’animal slalome entre les jambes des gendarmes et celles des curieux puis, dans la trace du chasse-neige, détale à fond de train en direction du village.
Alphonse pousse la porte et nous entrons à sa suite. Un gendarme entre avec nous, l’autre se campe sur le seuil, face au groupe de curieux d’où part un murmure de mécontentement.
 

retour haut de page
 

Vous n'avez aucun article dans votre panier.

Contactez-nous

Imprimerie Jeanne d'Arc
 

Editions Jeanne d'Arc - EJA - Vente en ligne de livres régionaux de l'Auvergne, la Haute-Loire et du Puy en Velay, livres d'arts, romans, romans historiques, religieux...