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Le loup des combes
Gilles Calamand
2006 - 296 pages

Une épopée du Velay à Jérusalem au temps des croisades

ISBN : 9782911794452

Quantité :

20.00 €

Format 14 X 22,5 cm - 296 pages

Résumé - Auteur - Lire quelques pages
 

Résumé
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Le 31 août 1080, par un soir d’orage, sur les terres du seigneur Ebrard de Chalencon, un enfant est découvert dans un panier près de sa mère massacrée avec son escorte.
Instruit à l’abbaye de Chamalières, Gilles de l’Ance connaîtra la merveilleuse et terrible expédition de la première croisade, prêchée par Urbain II à Clermont d’Auvergne.
Sur la route de Jérusalem, il côtoie les plus grands : Raymond de Saint-Gilles, Adhémard de Monteil, Pierre Lhermitte, Godefroi de Bouillon, Armand de Polignac… et se lie d’amitié avec Louis de Langeac, Gérard d’Issoire et autres preux chevaliers.
Mais les assassins de son enfance rodent toujours, et Gilles, qui mène courageusement sa quête d’absolu, n’est jamais à l’abri de leurs coups.
Après la longue marche jusqu’à Constantinople et sa rencontre avec le Basiléus Alexis, Nicée, Dorylée, Iconium, Antioche, Homs et Tripoli apparaissent dans une succession de tableaux saisissants, témoins d’une période où s’exaltèrent les valeurs de bravoure et de chevalerie en cette fin de XIe siècle.
Un roman historique, une épopée chevaleresque.

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Auteur
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Gilles Calamand, poète, historien et conteur, partage sa vie entre la Savoie et Chalencon dans le Velay dont il aime retracer l’histoire.
Le loup des combes est son premier roman.

 

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Lire quelques pages
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1

Dehors le vent s’était levé, faisant courir les nuages noirs à l’assaut de la montagne. Le seigneur du château laissait errer son regard sur la campagne. Ébrard de Chalencon était un homme de haute stature aux traits vifs. Ses cheveux bruns étaient longs sur les épaules et son regard gris, mobile reflétait une grande douceur. Pourtant on le connaissait, chasseur redoutable et seigneur épris de justice. Il était ferme et ses gens avaient confiance en lui. Ses terres n’étaient point riches, mais le péage que devaient payer les caravanes muletières qui traversaient l’Ance, torrent fantasque, sur un pont de pierre, suffisait à apporter une certaine aisance à la seigneurie ; les richesses bien gérées par le bon Antoine de Mayragues régisseur du lieu étaient redistribuées à chacun des habitants de ce petit comté sous forme de nourriture ou de matériau de construction. Depuis le vieux Pierre de Chalencon, aucun impôt n’était exigé, mais la solidarité des habitants de la communauté était telle que tout service était rendu par chacun à la collectivité, sans contrepartie.
Le village fortifié, aux confins du Velay était donc une place forte riche et bien défendue par ses gens d’armes, dont le capitaine, Lucas, d’un courage à toute épreuve, était un ami d’enfance du seigneur. Cet homme singulier était fort disgracieux avec son nez tordu et une balafre sur le menton. Il était aussi d’une intelligence aiguë et ses ruses étaient imparables. Il avait pris femme et élevait ses dix garçons à combattre des ennemis imaginaires, faits de ballots de paille et de figures de bois. Le plus âgé, Matthieu était déjà un fier gaillard de douze ans qui accompagnait son père à la chasse et qui, s’il avait le courage de ce dernier, n’en avait pas la laideur. Beau comme un ange, il faisait déjà tourner les cœurs des fillettes du village.
On peut dire sans se tromper que la seigneurie de Chalencon était un havre de paix pour ses ressortissants en cette période troublée de la fin du XIe siècle.
On était le 31 août 1080, et partout on attendait « les prières à saint Gilles » : une longue procession devait en effet mener le lendemain tous les paysans du bourg au prieuré Saint-Gilles de Chamalières qui appartenait au seigneur. Saint Gilles était le patron à implorer pour qu’il pleuve, et sa fête du 1er septembre tombait à point après un long été sec. Pourtant, il semblait que Dieu ou son saint ait décidé d’intervenir : Des nuages noirs s’étaient amoncelés dans un air chaud annonciateur d’un orage violent. Cela ne ravissait pas outre mesure les paysans qui craignaient le coulage du raisin : on faisait du bon vin sur les coteaux de Chalencon et il eut été dommage d’en perdre.
Dans la salle des gardes, on était vigilant ; il ne s’agissait pas que l’un des villageois se soit égaré dans la tempête qui s’annonçait.
– Gros Quint n’est pas rentré, capitaine ; sinon tous sont là.
L’homme qui venait de parler était le jeune héraut d’armes, Moustier.
– Où est-il donc allé ?
– Sur les combes, à chercher une bête qui n’était pas rentrée.
– Veillez à maintenir la porte ouverte ; il ne devrait pas tarder.
Gros Quint était un berger au visage rubicond. Il était le boute-en-train du village, et avait pour femme l’énorme Mathilde qui, lui ayant donné trois enfants, était devenue la nourrice attitrée du jeune Pons, le fils du seigneur. Ainsi partageait-elle son temps entre le château et sa maison. Les enfants, encore jeunes, (le petit Jean allait sur ses huit ans et les deux jumelles avaient cinq ans) l’accompagnaient le plus souvent. Pons avait trois ans et se trouvait entouré d’une cour de garnements, ce qui le ravissait.
Gaillard, le forgeron passa sa tête dans la porte.
– Lucas, ta femme est inquiète, ton fils était à la pêche et il n’est pas rentré.
– Ce n’est pas normal. Il connaît les signes du temps et il devrait rapidement revenir.
Un garde entra, essoufflé.
– Capitaine, un homme ! C’est Gros Quint, dans un équipage bien étrange. Il porte un jouvenceau sur son dos, un panier au bras gauche, et une chevrette sous le bras droit !
De fait sur le chemin ou de grosses gouttes s’écrasaient déjà, arrivait le berger, plus rouge que jamais, nanti de divers fardeaux cités par le garde. On aida le gros homme. Sur son dos, le petit Matthieu semblait dormir.
– Ne t’inquiète pas fit-il pour répondre à un regard inquiet du capitaine, il est juste étourdi. Par contre pour ça, il faudrait que vous m’aidiez, et qu’on aille chercher une femme. Il montrait le panier.
Un bébé y dormait indifférent aux grosses voix qui l’entouraient.
– Ça alors, un bébé ! Mais, comment se fait-il ?
– Une diablerie. Sa mère et son escorte ont été massacrées par des bandits avant qu’eux-mêmes aient été égorgés par un loup.
– Un loup !
– Énorme et surtout au comportement bizarre. Il a sauvé le bébé et ton fils. Tiens le voilà qui se réveille. Alors Matthieu ?
L’adolescent était éberlué, encore étourdi. Il vit les hommes autour de lui et commença son histoire en regardant son père.
– Je suis arrivé de la rivière, et j’ai vu plusieurs chevaliers se battre, et surtout, quelques-uns s’acharnaient sur une femme qui hurlait. Alors je leur ai dit d’arrêter et j’ai appelé. J’avais vu Gros Quint redescendre.
Gros Quint acquiesça et reprit la parole.
– Oui, et je les ai entendus. Quand je suis arrivé, l’un des agresseurs a voulu taper du plat de son épée sur la tête de Matthieu, pour le faire taire, je suppose, mais le coup a été dévié par une branche et surtout par l’intervention inattendue de notre loup qui a bousculé le brigand qui est tombé et a été piétiné par son cheval. Le deuxième brigand a été égorgé alors qu’il s’acharnait sur la mère de l’enfant qui a été tuée. Puis le loup s’est couché devant le panier, et lorsque je me suis approché, il n’a pas grogné, il a reculé de trois pas, me laissant prendre le panier, Matthieu, et ma chevrette que j’avais attachée à un arbre.
– Un troisième bandit s’était enfui dès le début de la bataille, mais il a eu un bras presque arraché par le loup. Il n’ira sûrement pas loin.
– D’après toi, de quoi s’agit-il ?
Gros Quint réfléchit un instant.
– De voyageurs qui voyant le temps se gâter ont voulu se réfugier au château, lorsqu’ils ont été attaqués !
– Non. Je les ai vus. Tous les cavaliers ont traversé le pont ensemble : la dame et son escorte se connaissaient, s’écria Matthieu.
– Voyons, c’est impossible !
– On ira voir sur place après la tempête, avec messire Ébrard décida le capitaine.
De fait à l’extérieur, l’apocalypse avait commencé. Des éclairs innombrables zébraient le ciel qui était d’un noir d’encre et certains gardes priaient. Lucas prit le chemin de ronde pour rejoindre le château. Il ne craignait pas les éléments. Il trouva son seigneur assis sur un coffre, en contemplation devant un coutelas de chasse.
– Je viens de retrouver ce couteau de chasse. Il avait disparu depuis près de vingt ans. J’étais bien jeune alors, et voilà qu’un nid de pies vient de s’envoler dans la tempête me ramenant mon couteau au pied de la tour. Je me souviens de mon grand-père qui disait que lorsqu’on retrouve un objet, c’est que l’on va retrouver un ami.
– Je ne sais si c’est un ami, mais nous avons un curieux réfugié dans la salle des gardes : il s’agit d’un bébé !
– Un bébé ! Et ses parents ? Car je suppose qu’il n’est pas venu tout seul !
– Massacrés apparemment. Lorsque l’orage sera terminé, je propose que nous allions voir. C’est Gros Quint qui l’a trouvé ; lui et Matthieu, mon grand fils, ont été témoins de faits curieux.
– Où ?
– Sous les Combes, là où le chemin de la rivière croise la route des Granges. Il semble que l’escorte d’une jeune femme et de ce bébé se soit fait attaquer, ou alors se soit scindée en deux groupes ennemis. Bref ; c’est curieux. Les témoignages convergent mais avec l’orage qui arrivait, le fait que Matthieu ait reçu un coup sur la tête, nos témoins n’ont pas eu trop le temps d’étudier le problème.
– Matthieu a-t-il été blessé ?
– Ce n’est rien. Il a repris conscience.
– À la bonne heure. Je vais rassurer Dame Égline et Pons qui sont en prières en la chapelle et je te suis.
Aussitôt, le seigneur entra par une porte basse dans la chapelle contiguë à la grande salle. Là, à la lueur des bougies, un couple touchant l’attendait : son épouse abîmée en prières et son fils qui poussa un cri de joie dès qu’il vit son père.
– L’orage est bientôt fini, n’est ce pas ? dit le bambin.
– Bientôt, mon enfant.
Dame Égline regarda son époux. Elle avait le teint clair et ses longs cheveux blonds torsadés encadraient son fin visage. Les yeux bleus mobiles montraient un grand effroi.
– Ah, mon gentil seigneur ! je ne sais lequel de nous deux est le plus effrayé de Pons ou de moi !
– Vous n’avez rien à craindre, la chapelle est consacrée vous le savez bien et Dieu protège ceux qui le servent !
– Le servons-nous assez ?
– Nous le faisons au mieux. Et nous aimons notre prochain. C’est déjà bien. Je vais rejoindre Lucas à la Garde. On y a ramené un bébé dont l’escorte aurait été massacrée.
– Mon Dieu ! Quelle horreur ! Et le petit n’est pas blessé ?
– Il ne semble pas. Restez là. Ne vous inquiétez pas, je serai tôt de retour.
Le seigneur déposa un baiser sur la main de son épouse et le front de son enfant ; puis il sortit. Dans la salle l’attendait Lucas. Au dehors, l’orage s’éloignait et la pluie tombait droite et forte, mais les éclairs n’apparaissaient plus qu’au loin.
– Allons-y, dit le seigneur. Il est temps.
Les deux hommes prirent le chemin de ronde. À leur arrivée dans la salle les conversations se turent.
– Messire, il s’agit d’une agression sauvage. C’est Gros Quint qui avait parlé.
– Oui, dont tu as été témoin, semble-t-il, ainsi que Matthieu !
– En effet, messire, reprit le garçon. Je montais de la rivière lorsque j’ai vu une dame agressée par un cavalier. Lorsque je suis arrivé pour lui porter secours, plusieurs hommes se battaient. C’est alors que j’ai vu un loup, il a sauté sur un homme dont il a failli arracher un bras ! puis là j’ai reçu un coup et je ne me rappelle plus de rien.
– Moi, j’ai vu la suite, ajouta Gros Quint.
Puis il raconta par le menu ce qu’il avait déjà raconté, et de ce que Matthieu pensait avoir perçu dès le passage du pont : une seule escorte.
– Une seule escorte qui se serait disputée pourquoi ? dit le seigneur.
– Messire, les champs du Moulin sont inondés. Heureusement aucune bête n’est portée manquante !
Celui qui parlait ainsi était Antoine de Mayrargues, l’intendant qui venait faire son rapport. C’était un homme petit au visage ouvert et aux yeux gris pénétrants. Sa mise était des plus communes. Quiconque ne l’aurait pas connu l’aurait pris pour un commerçant. Son manteau beige était fort mouillé, pourtant il avait voulu rendre compte dès son retour de mission. C’était un gardien zélé des biens du seigneur ; mais il savait mener ses gens sans heurt. Diplomate, il avait toute la confiance de son maître.
– Oh ! mais que vois-je ? On a de la visite ! Dame Florane, ma femme va bientôt accoucher. Que cet enfant soit un heureux présage !
Le régisseur souriait à la vue de la scène : le seigneur portait l’enfant dans ses bras : un enfant calme et doux. Les yeux clairs sur un visage mat étaient sereins.
– Le vôtre, Mayrargues, sera un beau gars ou une belle fille de chez nous. Cet enfant a une ascendance berbère. Il a le visage des porteurs du signe de l’islam, reprit le seigneur.
À ces mots les gardes se signèrent.
– Inutile de vous inquiéter ; des soldats courageux comme vous auraient-ils peur d’un enfant ? Allons voir les lieux du crime. Lucas, prends deux hommes. Gros Quint et Matthieu, venez aussi.
 

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