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25 rue de la Gazelle
43000 Le Puy-En-Velay
Tél. 04 71 02 11 34

Le forçat des Boutières
Georges d’Aurac
2005 - 160 pages

Un roman du terroir écrit dans les années 50

ISBN : 9782911794391

Quantité :

16.00 €

Format 14 x 22.5 cm - 296 pages

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Résumé
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– Mô, il faut que demain j’aille à la foire d’Yssingeaux, pour acheter des choux... Si je laisse passer le bon moment, ce sera trop tard après.
– Eh bien ! tu iras à Yssingeaux, avait répondu la vieille paysanne, sans voir plus loin que les choux.
Après l’achat des choux Yssingelais, le Régis avait passé le reste de son temps à épier le départ de la Julie. Il avait décidé qu’il lui parlerait, ce jour-là, sur le chemin du retour. Quand il vit démarrer le char à banc de la jeune fille...

Pourquoi la Julie du Grand-Felletin a-t-elle refusé la demande en mariage de Régis Sagnole, cultivateur à Saint-Julien-Molhesabate ?
Pourquoi Julie va-t-elle tous les jeudis à Saint-Étienne ? et qui est ce jeune homme qu’elle y rencontre ?

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Auteur
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Georges d’Aurac a écrit 43 romans, des histoires prises sur le vif, tranches de vie de personnages de la vie locale. Sa peinture du milieu rural exprime l’âme paysanne dans un style simple, vivant, agréable et imagé. L’auteur possède l’art de tenir en suspens ses lecteurs et de préparer des dénouements et des rebondissements tout à fait inattendus. Un régal !

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Sur la route d’Yssingeaux


C’est en revenant de la foire d’Yssingeaux qu’ils se rencontrèrent. À dire vrai, la rencontre n’était pas tout à fait fortuite. Pour venir à la foire, le Régis avait prétexté l’achat de choux Bruxelles, qui sont une spécialité de la campagne yssingelaise et que, pour cette raison, on appelle les « yssingelais ». On vient de loin pour s’en procurer ; aussi le prétexte du Régis avait-il passé, comme l’eau sur la roue du Moulin de Font Froide, quand la veille, il avait dit à sa mère :
– Mô, il faut que demain j’aille à la foire d’Yssingeaux, pour acheter des choux… Si je laisse passer le bon moment, ce sera trop tard après.
– Eh bien ! tu iras à Yssingeaux, avait répondu la vieille paysanne, sans voir plus loin que les choux.
Après l’achat des choux yssingelais, le Régis avait passé le reste de son temps à épier le départ de la Julie. Il avait décidé qu’il lui parlerait, ce jour-là, sur le chemin du retour. Quand il vit démarrer le char à banc de la jeune fille, le sien se mit en branle. Jusque vers la Chambertière, sa jument marcha au rythme de celle de la Julie, de façon à laisser le même écart de route entre les deux voitures. Mais après la Chambertière, le Régis se décida à presser l’allure.
La courroie de son fouet dessina un huit au-dessus de la croupe de son cheval. Un claquement sec ! Et la voiture s’enleva dans un nuage de poussière. Bientôt il vit de plus près la Julie qui tenait les rênes avec une rare maîtrise. Les deux voitures n’étaient plus qu’à une dizaine de mètres l’une de l’autre. Le Régis résolut de maintenir cette distance, au moins jusqu’à Mont-
faucon ; après, il verrait. Il laissa les rênes flotter sur l’encolure du cheval qui ralentit. Ainsi il aurait tout le temps de contempler la Julie et cette vue lui inspirerait les paroles à dire, quand bientôt il se déciderait à l’interpeller.
Il voyait la Julie de dos, parfois aussi de profil, quand elle jetait, sur les champs qui bordaient la route, le regard inquisiteur du paysan qui compare ses propriétés à celles des autres. On la devinait robuste et saine. Ses épaules esquissaient de souples mouvements, à chaque soubresaut de la voiture sur les ornières de la route ; ses mains serraient les guides avec l’habileté consommée du cocher qui « sent » son cheval et, malgré une apparente indifférence, reste prêt à intervenir, si l’animal vient à buter ou à s’effrayer.
– Quelle fille c’est tout de même ! disait le Régis qui couvait des yeux, en connaisseur, ce spectacle.
La soirée était claire ; dans l’air passait l’odeur des genêts et de la résine, avec de brusques effluves d’arbres fruitiers en fleurs, quand on longeait le mur des clos. Une soirée de printemps, remplie de cris de grillons et d’appels d’alouettes. Sur la gauche de la route, au loin, le fin clocher de Lapte se dressait, visible de tous les coins de l’horizon, avec les maisons du village répandues alentour. On ne finirait pas de le voir, ce clocher, tant qu’il y aurait un peu de jour.
Le paysage, bossué de monticules garnis de sapins, s’étendait à perte de vue. On devinait tout au fond l’agglomération de Sainte-Sigolène, séparée de Lapte par la profonde déchirure de la Dunière. À droite, les gorges du Lignon traçaient leurs pittoresques méan-dres, coupaient brutalement la route d’Yssingeaux au pont de l’Enceinte ; puis, après s’être enrichies des eaux de la Dunière, elles rejoignaient enfin la vallée de la Loire.
La Loire ! C’est à peine si, dans le lointain, on distinguait les hautes pentes de ses bords. Mais toutes les eaux qui coulaient de part et d’autre de la route, se dirigeaient vers elle dans un même mouvement de désir, comme si l’unité de son cours constituait leur but essentiel après tant de ruissellements et de vicissitudes, depuis les sources lointaines jusqu’à leur jonction avec le grand fleuve.
Ainsi, les jours de la vie. Les poètes ont bien raison de comparer la vie de l’homme à l’eau qui fuit vers la mer. Un jour vient ou l’homme cherche à unir sa vie à une autre vie pour en faire une plus grande. Il la cherche longtemps, comme le ruisseau cherche la rivière ou la rivière le fleuve. Et puis il s’en va tout doucement vers Dieu, comme la Loire à l’Atlantique… Le Régis suivait lui aussi sa pente ; la Julie l’entraînait. Serait-elle aussi facile à atteindre que la Loire l’était pour le rude Lignon ?
Finalement, la Julie se rendit compte que la voiture qui la suivait, mettait de l’insistance à rester toujours à proximité de la sienne. Elle jeta un coup d’œil en arrière et reconnut la jument de Régis
– C’est lui encore ? pensa-t-elle. Qu’est-ce qu’il me veut ? Il a passé son temps à la foire à me regarder…
Elle le connaissait bien. Régis Sognale était cultivateur à Marnas, hameau de la commune de Saint-Julien Molhesabate, où il faisait valoir le domaine familial. Veuf depuis deux ans, il avait à sa charge une petite fille de cinq ou six ans. Âgé seulement de 28 ans, il songeait à se remarier. Il vivait avec sa mère, la Rosa, qui, après la mort de son homme, avait, pendant de longues années, cultivé les terres et entretenu la ferme, jusqu’au jour où le Régis pût l’aider et la remplacer.
Quant à la Julie, elle était fille de ferme dans un domaine à l’écart du hameau de Joubert, au pied du Grand Felletin, montagne du massif des Boutières, à la limite de l’Ardèche et de la Haute-Loire. Venue de l’Assistance publique, la Julie avait été placée à sa majorité, chez des cultivateurs qui la traitaient et l’aimaient comme leur fille. Elle le leur rendait bien. C’était sur elle que reposaient en partie les soucis de la ferme depuis que la Maria Bugnazet, sa patronne, était à demi paralysée et que son homme, le Joannès, allait sur ses 80 ans.
Elle avait pris un tel ascendant par sa droiture et sa vaillance, qu’elle était connue partout à la ronde sous le nom de « la Julie du Grand Felletin ». On ne lui savait pas d’autre nom. La pauvre petite ! Depuis 22 ans qu’elle était au monde, ce n’était qu’auprès de la Maria qu’elle avait eu le soupçon de la vie de famille.

La Julie enveloppa son cheval d’un grand coup de fouet. Et la voiture partit de plus belle. La jeune fille verrait, de toute façon, si l’intention du Régis était de la suivre. Elle entendit la jument de ce dernier se mettre au galop. Elle jugea alors inutile d’éreinter la bête. La voiture ralentit son train ; celle du Régis en fit autant.
En traversant Montfaucon, un incident tragi-comique se produisit. Une poule voulut traverser la route juste au moment où le Régis passait. Emporté par son élan, il ne put retenir son cheval. Et la poule, ailes écartées, passa entre les pieds du cheval, dans un nuage de plumes arrachées et un vacarme de cris d’agonie. Une roue l’acheva. Ces bêtes ont le don d’aller au-devant du danger, quand elles s’efforcent de le fuir ! Une bouillie de viande sanglante, mêlée de plumes blanches, voilà ce qui restait de la poule ! Un chapelet d’œufs jaunes, sans coquille, sortait de la bête éventrée et s’étalait dans la poussière, comme pour attester la fécondité du malheureux volatile et rendre encore plus tragique sa fin prématurée.
– Ma poule ! ma poule ! ma poule ! glapit soudain une voix, sur le seuil d’une maison. Et on vit se précipiter, vers le cadavre, une femme échevelée qui tendait le poing à la voiture du Régis. Ce dernier, pestant contre toutes les poules de la création, regardait tout à tour la Julie qui fuyait au loin et la poule écrasée sur la route. Il hésita et finalement il arrêta la voiture.
La paysanne hurlait, tandis que surgissaient, sur le pas des portes, des commères attirées par ses cris :
– Ah ! brigand d’homme, qui m’avez tué ma poule, ma meilleure pondeuse ! Voyez tous les œufs qu’elle avait dans le ventre ! Brigand de brigand !
– Furieux du retard qu’il subissait, le Régis avait laissé sa voiture sur le bord de la route. Il s’approcha :
– Ne gueulez pas tant, fit-il. Combien vous en voulez de votre chameau de poule !
La paysanne qui avait saisi par les pattes, la victime pantelante, se calma un peu. Elle supputait sans doute le prix qu’elle allait demander, quand le Régis, sortant son porte-monnaie, lui mit dans la main un billet de cent francs. C’était, en ce temps-là, au moins deux fois le prix de la poule.
La femme rassérénée et quelque peu éberluée de cette aubaine obtenue sans discussion, n’eut pas le temps de manifester ses impressions. Le Régis s’était précipité vers sa voiture, avait saisi son fouet et filait, de toute la vitesse de son cheval, sur les traces de la Julie qui avait disparu dans un tournant. Bientôt, il la vit dans l’éloignement ; il respira. Encore quelques foulées et la distance qui les séparait, diminua. Ils n’allaient pas tarder à atteindre Malataverne et à aborder la descente qui mène au pont de Mirail.

 

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