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43000 Le Puy-En-Velay
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La rivière aux secrets
Pierre Boulon
2004 - 272 pages

 

ISBN : 9782911794285

Quantité :

19.00 €

Format 14 x 22.5 cm - 272 pages

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Résumé
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A Richecombe, l’été 1965 se présentait bien... Jusqu’au jour où Louis Lefort dévoile son projet d’exploiter les riches basaltes des Hautes Fayes. La plupart y voient la disparition de leur paradis de montagne. Partisans et opposants engagent une véritable guérilla.
L’instituteur tente de ramener l’ordre chez les siens. Mais l’affrontement tourne à la tragédie.
Chargé de l’enquête, l’inspecteur Vivien Laubier s’immerge dans ce village qu’il trouve particulièrement attachant. De mystérieuses rencontres en étranges découvertes, il croise des hommes trempés comme l’acier et des femmes de caractère... et puis, il y a Clémence... Mordront-ils à l’hameçon du pêcheur policier ?

« De Richecombe, on entend l’Auze murmu-rer. L’inspecteur n’a pas su résister à l’appel des sirènes. Cuissardes et vêtement kaki, Monsieur touille ses vers dans le ruisseau des Grives. C’est sublime (...)
Le calme. Puis soudain, un bruit. “Qu’est-ce qu’ils font là, ces deux ?” Ils n’ont pas encore vu Laubier. Mais lui les a vus... »

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Auteur
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Né en Haute-Loire, Pierre Boulon passe son enfance entre Meygal et Lizieux. Après avoir consacré sa vie professionnelle au Rail, il se réinstalle au pays et y découvre la passion d’écrire.
« La rivière aux secrets », premier roman de cet amoureux de pêche et de nature, baigne dans cette atmosphère champêtre.

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PREMIèRE PARTIE

LE DéFI


Richecombe, vendredi 18 juin 1965. Paul Lacombe avait aéré la salle de classe et regardé s’éloigner ses élèves. Avec la dispersion des enfants, les clameurs s’étaient tues et le village avait retrouvé sa respiration habituelle.
Paul Lacombe s’octroyait maintenant un moment de détente au bord de la rivière. Canne à pêche en main, il s’extasiait devant la beauté de la vallée. Damier des prés baignés de soleil. Gris des murettes, or des renoncules, mauve des scabieuses, neige des marguerites. Chatoiements de la rivière.
Ranimée par de récentes pluies, l’Auze imposait sa loi. Ici, les eaux bondissaient et grondaient. Là, elles s’étiraient et flânaient. Le temps humide et chaud favorisant les éclosions, dame truite gobait des mouches et par trois fois avait échu dans le panier d’osier. Des farios à la robe finement mouchetée, de celles, sauvages, dont les points rouges et les flancs dorés suscitent l’exaltation des pêcheurs depuis la nuit des temps.
Parvenu aux Trois Gués, là où l’Auze reçoit le Clairval et le ruisseau des Grives, Paul jugea qu’il devait aller préparer la prochaine classe. Il respira profondément l’air pur et parfumé, leva les yeux au ciel, vit les cimes des arbres courir à la rencontre des nuages épars qui se déchiraient dans l’azur. En s’appuyant sur le talon de sa canne à pêche, il enjamba le talus pour atteindre le chemin.
– Vous ici, monsieur l’instituteur !
Paul tressaillit : « Louis Lefort, ça par hasard ! »
– Monsieur le maître d’école, articula froidement l’homme, les fonctionnaires manquent d’heures pour enseigner, mais je constate qu’il leur reste du temps pour pêcher et pour gérer des comités !
Paul Lacombe n’avait pas eu le temps de dire bonjour. Les yeux rivés sur sa tronçonneuse qui refusait de démarrer, le bûcheron occasionnel avait martelé ses mots sans regarder son interlocuteur. Peu sûr de la conduite à tenir, l’instituteur s’éloigna sans piper.
– Si tu te mets en travers de mon chemin, gare à toi, Lacombe ! poursuivit Louis Lefort d’un ton aigre, le regard en coin et l’œil mauvais.
Les deux hommes se connaissant à peine, le tutoiement pénétra comme une vrille dans le cerveau de Paul. Il lui sembla qu’à l’infini les vallées se renvoyaient l’écho de l’avertissement. Les Trois Gués lui parurent soudain hostiles et il prit résolument la direction du village.

Louis Lefort était un phénomène dans la force de l’âge. Le visage carré, le nez écrasé, le muscle en relief, il se donnait des airs de boxeur. Mais, sous sa tignasse noire, ses sourcils proéminents, ses buissons de poils qui lui sortaient des oreilles, ses compatriotes lui trouvaient plutôt une tête d’écureuil.
On le savait asocial et brutal. Paul Lacombe ne l’ignorait pas et il pressentit soudain que cet homme irait au besoin jusqu’à l’irrémédiable pour exploiter les riches basaltes des Hautes Fayes. L’instituteur venait à peine d’accepter la présidence du comité de défense du site que, déjà, il en redoutait les conséquences.
Il faisait beau, les oiseaux chantaient. Maintenant, Paul ne percevait plus l’écho de la menace. Il rentra dans Richecombe, se désaltéra à la fontaine, traversa la place de l’église, salua d’un geste le curé et la boulangère, franchit le portail de la cour de l’école.
Clémence Dufrêne balayait le préau. Paul fit le café et le servit sous les bouleaux.
– Viens Clémence, le café est prêt !
Paul tutoyait Clémence, sa cadette de plus de dix ans. Clémence vouvoyait Paul avec le respect qu’on porte habituellement à l’instituteur du village. Malgré cela, une complicité sans bornes s’était instaurée entre ces deux êtres que la vie avait laissés seuls. Paul avait perdu sa femme, alors que Claire, leur fille unique, était en classe de première. Clémence, à trente ans, semblait condamnée au célibat. Pourtant, belle, intelligente et bien mise, elle avait tout pour plaire. Une fille que le destin n’avait pas gâtée : le père décédé l’année de ses dix-sept ans, la mère emportée par une terrible maladie le jour de sa réussite au baccalauréat. Clémence avait attrapé sa vie d’adulte avec l’acharnement de ceux à qui il ne reste rien.
De fil en aiguille, elle s’était frayé un chemin : secrétaire du médecin à temps partiel, serveuse occasionnelle au restaurant « Chez Georgette », quelques heures de ménage au garage et à l’école, soutien scolaire aux enfants en difficulté. « Clémence jouit de l’estime de tous », songeait Paul en remplissant les tasses. « Et quelle charmante épouse ne ferait-elle pas ! » Mais, pour ce qu’on en savait, la cour assidue des mâles n’avait pas réussi à briser la carapace de la belle.
Claire arrivait du travail, fourbue. Son père et Clémence lui firent une place à l’ombre des bouleaux. Employée chez Fontaine, à l’enseigne « Garage et Excursions », la jeune fille venait de vivre une dure quinzaine : l’accueil, le téléphone, les factures, la dernière main pour réussir les voyages d’été. À vingt-trois ans, Claire vivait encore sous le toit paternel qu’elle trouvait douillet malgré le malheur qui avait frappé, six ans auparavant.
– Quelle chaleur, dit-elle en s’asseyant.
L’été commençait bien, en effet. Ciel bleu, temps sec, premiers fauchages, premiers touristes. Et les oiseaux qui s’égosillaient, participant à l’allégresse générale !
– Un café, Isabelle ? dit Claire en se tournant vers la rue.
C’était sa patronne qui passait. Isabelle Fontaine, « la veuve du garage », comme certains l’appelaient.
– Non, merci, Claire. Ce sera pour la prochaine fois. À pied, il me faut une bonne heure pour rejoindre mon fils Laurent et ma mère à Hurlevent. Bonne fin de semaine à tous. Merci encore.
Isabelle sourit et s’éloigna. Court vêtue, svelte, cheveux au vent, elle était ravissante, la veuve du garage !
En papotant et riant, Paul, Claire et Clémence dégustèrent leur café sous les bouleaux. Puis l’instituteur évoqua sa rencontre fortuite avec Louis Lefort, ce qu’il regretta sur le champ car, visiblement, ses propos venaient d’inquiéter les deux femmes qui n’ignoraient rien de la bête, capable de toutes les cruautés. Mais, si Paul comprenait aisément l’inquiétude d’une fille pour son père, il ne discernait pas les raisons du trouble de Clémence.
Soucieuse, Claire monta à l’étage et Clémence se remit au travail sans mot dire.
Paul rangea son attirail de pêche. Alors qu’il nettoyait ses truites sous la fontaine de la cour, il se mit à oublier Louis Lefort et eut d’autres pensées : les vacances proches, les rapports d’amitié qu’entretenaient Isabelle et Claire…

 

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