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Chago
Petit prince du bout du monde

Henri Bourghea
2003 - 144 pages

L'histoire de Chago, pécheur
d'algues agar-agar, sous la
dictature de Pinochet

ISBN : 9782911794247

Quantité :

18.00 €

Format 14 x 22.5 cm - 296 pages

Résumé - Auteur - Lire quelques pages
 

Résumé
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Petit prince du bout du monde
Un pelillero au Chili 1969 - 1973
« Grave est la nuit, mais l’homme a disposé ses signes fraternels... » Pablo Neruda « Le chant général »

Signes fraternels ...
d’un petit homme, Chago, 11 ans, pêcheur d’algues sur l’île Santa Maria, prenant hardiment la défense de ses compagnons de travail pour que leur dignité soit respectée;
de Julia-crevettes et ses camarades Jocistes, pêcheurs, mineurs, chômeurs ou étudiants, tous plus forts que l’adversité parce que solidaires et habités d’une foi lumineuse.
Vous n’oublierez pas ces visages burinés de vent austral, de courage et d’espoir invincible, là-bas, au Chili, dans le golfe d’Arauco, autour des années 70, quand d’aucuns ont cru pouvoir arrêter l’histoire par quelques massacres d’innocents...
Mais qui pourrait anéantir la fraternité ?

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Auteur
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À partir de 1965, Henri Bourghea exerce son ministère d’aumônier Jocite dans cette région du centre du Chili à Coronel, au « barrio » de Lo Rojas (Chili, en quéchouan signifie « le pays du bout du monde »). Il y vit au milieu d’un peuple de mineurs de charbon, de petit pêcheurs et de pauvres gens sans travail. Il admire leur courage et le sens de la solidarité qui les anime.
Sa mission est d’accompagner les jeunes qui deviendront des responsables ouvriers. Plusieurs d’entre eux tomberont, victimes de la dictature..., ceux qui ont survécu à la tourmente sont toujours là pour reconstruire un pays généreux et plus prospère.

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Lire quelques pages
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Il faut avoir vécu un drame familial, dans un milieu pauvre de pêcheurs et de mineurs de charbon, s’exiler à neuf ans sur une « île au trésor », y peiner à cueillir le « pelillo », cette algue précieuse qui peut vous enrichir rapidement si elle ne vous laisse bientôt perclus de rhumatismes, pour mûrir si vite et devenir un Homme !
C’est l’histoire vraie, à peine romancée, de Chago notre « héros ».
Pour celui qui a connu cette région du golfe d’Arauco au Chili, à quelque cinq cents kilomètres au sud de Santiago, autour des années 68-73, jusqu’au coup d’état du général Pinochet, la réalité dépasse la fiction.
Aujourd’hui, les mines de charbon de Lota-Schwager ont fermé (depuis 1997) et la pêche connaît une plus grande extension et s’est industrialisée. Mais les petites gens sont toujours là, aussi courageux, et les maisons aussi pauvres.
La « Pascua de Navidad » (Noël au Chili) est une fête peut-être encore plus belle que partout ailleurs dans le monde, sous le soleil de l’été austral, face au Pacifique. Les pauvres se reconnaissent bien dans l’Enfant de la Crèche et Chago y trouvera un chemin de réconciliation avec son père.
Il s’agit bien de pauvreté, non de misère sordide, disons plutôt d’indigence dans la dignité.

Le dénouement cruel ne pourra rien ôter à cette noblesse. Il ne fera que l’exalter encore.


L'or de l'agar-agar

Le soleil levant irise l'océan de mille paillettes scintillantes, troublées par une dizaine de silhouettes sombres et mouvantes, armées de bâtons arrachant à la mer des cheveux emmêlés.
Sur la plage des sirènes s'affairent autour de petits monticules de chevelure marine. Les étranges pêcheurs de cette île les appellent « agar-agar » : une algue brun foncé, filiforme, qui pour eux vaut de l'or... quand elle ne les laisse pas perclus de rhumatismes, échoués dans les hangars comme des vieilles barques vermoulues et disjointes. Car le Humboldt glacé vient flirter avec la côte de l'île Santa Maria. Et c'est au petit matin, le plus souvent, que l'algue recherchée s'approche du rivage. Le soleil n'est pas encore là pour réchauffer les corps qui émergent de l'eau.
Vous avez vu des sirènes ? Pas exactement : vos yeux sont encore embrumés de sommeil ! Ils n'ont aperçu que des corps féminins moulés dans des combinaisons de caoutchouc, les cheveux (les vrais!) disparaissent souvent sous la cagoule noire et luisante, ne laissant deviner que des visages brunis et fatigués. Mais pour vous faire sortir définitivement de votre cauchemar – ou de vos fantasmes aquatiques – la grosse Corina est là, bien en chair dans ses pauvres vêtements détrempés. Pensez ! ses cent cinq kilos n'ont pas trouvé d'habit de femme-grenouille à leur taille, pourtant il faut bien les arracher à l'océan avec leur chargement d'algues poisseuses enroulées autour du bâton !... Et le Chago aussi est là, du haut de ses dix ans à peine qui ne lui ont pas permis de dépasser le mètre dix centimètres d'os et de chairs amaigries, de rêves têtus et de rage enfantine apte à tous les boulots. Il est assis sur son tas d'algues, fruit de son travail !
– Allez, Chago ! vient m'aider, fainéant !
C'est « l'oncle » Manuel qui crie en traînant son lot d'agar-agar...

Tout a commencé vers la fin de 1958, mais très petitement avec quelques pêcheurs ou d’anciens mineurs de charbon, reconvertis à ce qui paraissait avoir quelque avenir après avoir été dédaigné comme les cailloux de la plage. Mais c'est surtout autour de 1963 que démarra la ruée vers l'or noir et filandreux de l'agar-agar. Le vieux Roberto Garcia Morales l'a raconté plus d'une fois à Chago dans les moments de pause au centre du dépôt d'algues ; on le surnomme le Chino-pelillo (Chino, c'est le nom que l'on donne à ceux qui ont les yeux un peu bridés ou un visage d'Indien mapuche – le pelillo c'est le nom de l'algue sur l'île !). Et le vieux donc de raconter, plutôt de rabâcher, comme un vétéran de la conquête de l'Ouest :
– Tu vois gamin, avant, c'était du bricolage éreintant, aujourd'hui, c'est encore plus éreintant, je ne peux plus me redresser sans que ça craque de partout dans ma vieille carcasse – mais c'est devenu une industrie.
Et les yeux de Chino-pelillo brillaient alors en articulant ce mot, comme d'autre diraient « informatique » ou « supersonique »...
– J'étais là, près de la cabane du Ramiro lorsqu’un Monsieur est venu. Non, ils étaient trois, vêtus comme à la ville : Don José Maria Figueroa Sanchez, qu'il s'appelait, les deux autres l'entouraient comme des gardes du corps : il devait valoir très cher !... Don José nous a tous réunis : « Je paie cinquante pesos le kilo ! mais il faut que le pelillo soit séché et déposé dans l'entrepôt, cinquante pesos. Je prends tout. » Les hommes se regardaient, incrédules. Ils se voyaient déjà avec de l'or à pleines mains. Seul le Ricardo osa une question, peut-être était-ce l'effet de l'alcool qu'il avait ingurgité en cachette, les vins et alcools étant interdits sur l'île : « Monsieur l'Intendant (ce mot lui était venu curieusement) qu'est-ce que vous ferez de notre pelillo ? » « Ah ! Ah ! ne vous inquiétez pas. Vous l'embarquerez pour Valparaiso, puis des cargos l'emporteront au Japon. Là-bas le pelillo entre dans la fabrication des textiles. » Au Japon, ce seul mot changeait la couleur sale du pelillo en or étincelant... Tu vois gamin, à partir de ce jour, on a vu débarquer des hommes mais aussi des femmes et des morveux comme toi de tout le golfe d'Arauco, de Lota bien sûr, de Coronel, de Talcahuano... et même de l'intérieur, de Santa Juana et de Quilicura, eux qui ne regardaient jamais la mer !
– Je sais, dit Chago, tu me l'as déjà raconté, et il courut taper dans le ballon avec les autres jeunes, beaucoup plus grands que lui.
 

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