Editions Jeanne d'Arc

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Editions Jeanne-d'Arc
25 rue de la Gazelle
43000 Le Puy-En-Velay
Tél. 04 71 02 11 34

Le Simulateur
13 nouvelles d'Yveline Gimbert
1999 - 176 pages

Du terroir, du fantastique, de l'imagination

ISBN : 9782911794063

Quantité :

16.00 €

Format 15 x 21 cm - 176 pages

Résumé - Auteur - Lire quelques pages
 

Résumé
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« Ce fut au cours de mes errances, au long des chemins creux d’un pays du Centre, que je vis naître chacun des personnages
animant ce livre. »
Viperae, la Vinouse, Le simulateur, Le pouvoir, L’oiseau... Les récits d’Yveline Gimbert-Chabanon nous portent sur un courant qui ne nous laisse pas de répit. Ils nous font éprouver toutes les
émotions. Ils nous appellent à une autre mesure des êtres et des choses.
Des époques différentes, des lieux inspirés, des personnages
singuliers... La plume d’Yveline Gimbert-Chabanon est aisée et puissante, son style d’une élégance toute musicale.
« Victor vit plus que cela encore. Son œil unique bougeait sans cesse, s’enfonçait dans le grouillement de la terre. Tout à la fois il écoutait les bruits magiques, humait la brise, sentait sa caresse sur son visage hideux. Il était emporté dans cette débauche du
printemps. Les sens faussés il ressentait sa joie comme une ivresse et en oubliait la raison pour laquelle il marchait à pas hésitants au milieu d’une sente fertile où la sève fleurait bon. »
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Auteur
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Yveline Gimbert-Chabanon, née en 1956, est l’auteur de “De Loire en Mézenc” (1992), “Roche-Longue” (roman, 1994) et “Puynoir, la vallée aux alisiers” (roman, 1996). Elle a collaboré à divers magazines.

 

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Viperae

Quand Mathieu Delorme arrive au village il fait déjà nuit noire. Il entre dans sa maison et met l'éclairage. Heureusement, il a demandé à la vieille Gilbert, dans sa lettre, de venir allumer le feu pendant la journée. Elle aura mis aussi des draps secs au lit, dépoussiéré les meubles, préparé une petite collation, comme la dernière fois, pense-t-il. La dernière fois !...
Le feu n'est pas éteint, quelques flammèches dansent dans l'âtre. Des bûches sont entassées dans le recoin. Quand il a fait le tour des pièces, rangé ses affaires, posé un gros morceau de frêne sur la braise, Mathieu se laisse choir dans l'un des vieux fauteuils, face à la cheminée. Il fait bon. La tiédeur de la pièce et le silence incitent à de bonnes méditations. Cependant le jeune homme ne peut s'empêcher de penser à la dernière fois, il y a trois années. Il y a trois années, au printemps, il était venu à Brounac avec l'intention de rafraîchir la maison, peindre les murs, vitrifier les parquets des chambres. Mais il avait décidé d'enlever les broussailles qui envahissaient presque toute la cour. Il fallait ramasser le bois mort, couper les nombreux sureaux et les mûriers qui cachaient la clôture. Il avait ressenti de l'appréhension à l'idée de ce travail, une sorte de menace. Mais il s'était secoué et avait fini par l'oublier. D'ailleurs ses terreurs anciennes étaient définitivement mortes et pendant ces dernières années il n'avait plus cherché à quoi elles étaient dues. Dès le

lendemain, il s'était mis à l'ouvrage, par une chaleur accablante. Il s'était soudain arrêté. Il avait deviné leur présence et entendu leur bruissement furtif. Il songeait, certes, qu'elles pussent être nombreuses en tel lieu et par tel temps, mais qu'elles se faufileraient par les brèches des murailles. Le bruit les ferait fuir en dehors de la propriété. Puis il avait vu les vipères.
La première était passée à un pas de lui et était rentrée dans une fente du mur près de la porte. La seconde avait rampé vers de jeunes ronciers, enchevêtrés les uns aux autres, qu'il s'apprêtait à massacrer à coups de pioche. Il avait cessé tout mouvement et même de respirer. De longs frissons couraient dans son dos. Il avait juste repris son souffle qu'il en vit une troisième. Elle s'éloigna d'un fourré épais et se faufila dans l'herbe jaunie en direction de la clôture. Et soudain, il en apparut de toutes parts. Leurs longs corps écaillés ondulaient et brillaient, comme s'ils eussent été mouillés, leurs têtes triangulaires se tournaient vers Mathieu dans des mouvements qui auraient pu paraître gracieux si elles n'avaient appartenu à cette race animale redoutable, leurs langues s'échappaient comme des jets de salive. Les vipères avançaient vers le jeune homme à une allure étonnante. Il crut même les voir bondir. Il fit demi-tour pour fuir vers le hangar, mais elles le rattrapaient. Alors il hurla et s'arma de sa fourche, leur en asséna de grands coups. Il tapait de tous côtés, comme fou, sautait et poussait des cris terribles. Sa peur était immense. Cela avait duré longtemps. Il avait fui.
Mathieu n'était pas revenu au pays depuis cette année-là et n'avait donc pas remis les pieds dans la maison. Cette vieille bâtisse lui avait été léguée par un grand-oncle dont il avait appris l'existence seulement le jour de sa sortie de l'orphelinat. Quelle surprise pour Mathieu quand Julie Domazon, directrice de l'institution, lui avait remis l'acte

juridique ! Mais il avait attendu plusieurs années avant d'aller voir à quoi ressemblait la propriété, bien trop avide de goûter à son indépendance, à cette sorte d'affranchissement auquel il avait tant rêvé entre les hauts murs de l'établissement. Il avait trouvé du travail dans une imprimerie et s'était adonné à tous les plaisirs de la ville. Pendant toutes ces années il était devenu un homme heureux. Heureux jusqu'à oublier ces nuits noires, ces nuits affreuses, ces nuits cauchemardesques. C'étaient les nuits à l'orphelinat. Son rêve commençait toujours de la même façon : il était endormi dans un berceau posé sur un lit de fougères. Un bruit à peine perceptible, comme un froissement, se produisait alors, tout près. Avec lui la peur venait affoler le cœur de Mathieu. Il aurait voulu s'échapper du berceau mais il lui était impossible de faire le moindre mouvement. Ses membres étaient plus lourds que le marbre, paralysés. Le sifflement s'intensifiait et quelque chose de long, de froid, de détestable se glissait contre son corps rigide. Le serpent montait lentement et venait se lover dans son cou tandis que d'autres bêtes rampantes s'insinuaient dans les plis de sa couche. Mathieu s'éveillait alors dans des convulsions violentes et une envie de hurler. Mais il ne le pouvait, par crainte des brimades, et il étouffait ses plaintes, se mordant les lèvres jusqu'au sang. Lorsqu'il se rendormait c'était pour retourner dans son berceau où la péliade l'attendait. Alors il s'efforçait de garder l’œil ouvert pendant le reste de la nuit, avec pour seule compagne sa peur incommensurable. D'où lui venait cette horrible vision récurrente ?
Quand il fut livré à lui-même, seul responsable de son existence, Mathieu ne rêva plus. Ce fut un enchantement. Son sommeil était vide et lourd, mais le jeune homme n'en ressentait aucun dénuement. Il finit par oublier son drame. Jusqu'à ce jour-là, il y a trois ans.

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