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43000 Le Puy-En-Velay
Tél. 04 71 02 11 34

Citadelles d’orgueil
Albert DUCLOZ
2002 - 272 pages


 

ISBN : 9782911794193

Quantité :

19.00 €

Format 14 x 22.5 cm - 272 pages

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Résumé
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En mai 1945 à Retournac, Alexis va sur ses cinq ans et demi, lorsque son père le voit pour la première fois, à son retour de captivité. Les relations entre le père et le fils sont difficiles, ils ne se reconnaissent pas.
Alexis grandit sur les bords de la Loire, trouvant affection auprès de sa mère, sa grand-mère, son oncle et souffrant de l’attitude de son père.
En juin 1958, quelques jours après sa réussite au baccalauréat, c’est la dispute. Pierre frappe son fils. Alexis réplique et s’enfuit.
Il s’engage dans l’armée française et part en Algérie. Il y rencontre la guerre avec ses horreurs et sa camaraderie sans faille.
Mais cette rupture familiale totale ne le quitte pas et 1962 va le conduire à Chamonix où il apprend le métier de guide de haute montagne, puis à Peisey-Nancroix où il s’installe et rencontre l’amour auprès de Catherine qui l’aidera dans la quête de son père...

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Auteur
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Albert Ducloz est né à Bourg-en-Bresse en 1940.
Appelé en Algérie de mars 1960 à mai 1962, il sert au 1er Régiment de Spahis Algériens.
Éducateur spécialisé, son parcours professionnel l’amène à prendre des responsabilités de direction d’établissements médico-sociaux, puis d’établissements de santé.
Arrivé à l’âge de la retraite, il peut enfin assouvir sa passion pour l’écriture.
« Citadelles d’orgueil » son premier roman est le fruit de son cheminement personnel.

 

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chapitre 1

LES SILENCES

Alexis allait sur ses cinq ans et demi, lorsque son père, Pierre Debade le vit pour la première fois. Celui-ci avait été mobilisé en septembre 1939 comme la plupart des hommes de sa génération. Né en 1903 à Craponne-sur-Arzon en Haute-Loire, il avait effectué son service militaire à vingt ans. Ses parents, Urbain et Line-Berthe, son frère Mathis, sa sœur Louise, grands-parents, oncle et tante d’Alexis, s’étaient installés à Retournac où Urbain avait repris une boulangerie-pâtisserie située juste après le pont sur la Loire, à droite, en montant à Retournac. Urbain au fournil, Line-Berthe au magasin, l’affaire tournait bien. Urbain Debade avait longtemps espéré que son fils Pierre prendrait sa suite. Mais Pierre pressentait la montée en puissance de l’automobile, il avait le goût des moteurs et de tout ce qui est mécanique ; aussi bien, en 1926, peu après son retour du Maroc où il avait fait son armée et appris à conduire, il ouvrit un petit garage à la pointe de l’angle droit formé par le pont de la Loire. Il se maria à vingt-sept ans, en 1930, avec Clémence Balayère, de Blanlhac, petit village entre Rosières et Chamalières-sur-Loire. Les parents de sa jeune et belle épouse, Joseph et Anna, étaient fermiers. Line-Berthe estimait que son fils Pierre aurait pu faire un plus beau mariage, mais elle fut bientôt séduite comme toutes les grands-mères par la naissance de Jeanne en 1932. Lorsque Pierre partit pour le front dans les Ardennes, Clémence était enceinte de quatre mois. Physiquement sa grossesse ne se remarquait pas encore. Pierre ne verrait ni sa femme grosse comme il l’avait vue pour Jeanne, ni la naissance d’Alexis, ni même les premiers jours, premiers mois et premières années de son fils. Les Ardennes étaient un point crucial du front. Enfoncés, encerclés, les militaires de son corps, ceux qui avaient survécu et qui n’étaient pas trop grièvement blessés, furent faits prisonniers et emmenés en Allemagne où ils restèrent jusqu’en mai 1945.
Alexis était devenu un garçonnet de presque cinq ans et demi. Quelques lettres de son père étaient arrivées, mais sans photos. Sa mère Clémence, ainsi que Jeanne sa sœur, lui parlaient souvent de son père, lui montraient des photos de lui avant sa mobilisation, mais il ne connaissait pas son père. Quant à Pierre, il avait reçu des lettres de Clémence, des photos, mais quand il rentra il découvrit un garçon déjà grand et reconnut à peine Jeanne qu’il avait quittée à sept ans et en avait treize maintenant. Les traits des deux époux avaient changé, s’étaient creusés, durcis. La vie n’avait pas été facile pour Clémence, seule avec deux enfants, pendant ces cinq ans de guerre ; elle ne l’avait pas été non plus pour Pierre. Ces quatre personnes se découvrirent. Il fallait refonder une famille. Cette rencontre tardive rendit plus difficiles les sentiments paternels et filiaux entre Pierre et son fils Alexis. Ce dernier était trop petit pour en être conscient mais il vivait son père comme un étranger qui débarquait et prenait place dans la trinité qui s’était construite entre sa mère, sa sœur et lui-même, où il était le seul garçon. Quant à Pierre il s’était beaucoup imaginé Alexis à partir des photos reçues, des lettres adressées qui le racontaient, mais lettres et photos ne remplaçaient pas la présence du fils. Il ne l’avait pas vu naître, ni entendu crier, ni entendu pleurer ; il n’avait pu l’aider à apprendre à marcher, il n’avait pas perçu son langage naissant, comme cela avait été le cas pour Jeanne, et comme ce le serait pour Romain. Clémence s’était arrondie, avait souffert et accouché sans sa présence. Alexis était né le 21 janvier 1940. Il faisait froid cet hiver et le poêle à bois était suffisant pour la cuisine mais pas pour chauffer la maison. C’était la sage-femme qui avait conduit l’accouchement, comme il était habituel à cette époque. Lui, Pierre, si éloigné, ne pouvait ni voir, ni ressentir cette naissance qu’il ne connut que par une lettre de Clémence, arrivée longtemps après seulement. En février 1946, le petit Romain vint rejoindre la famille. Il fut bien investi de son père, comme l’avait été sa sœur aînée Jeanne. Romain eut droit à toute la présence du père. Cette jeune absence entre Alexis et Pierre resta comme une distance, distance qui créa silence, difficulté à se parler, à se reconnaître surtout. Alexis restait très près de sa mère et de sa sœur. Il existait une difficulté, réciproque, d’approche avec son père.
Beaucoup plus tard, Alexis, dans son inconscient ou son imaginaire, se construisit une explication à cette difficulté de reconnaissance. Le retour de son père l’avait obligé à partager sa mère avec lui ; mère qu’il avait eu pour lui tout seul jusque-là. Quant à Pierre, inconsciemment lui aussi, il avait dû faire reproche à son fils de lui prendre une part de sa femme. Cette construction intellectuelle, sans éléments objectifs, sans souvenirs tangibles, absorba longtemps sa réflexion, d’autant plus longtemps qu’elle ne reposait que sur des critères invérifiables. Mais elle le taraudait : si elle était exacte, ils étaient rivaux et ne se pardonneraient jamais cette appropriation par chacun d’eux d’une part de la femme que chacun avait tout entière avant de se connaître. Victor Hugo écrivait de l’amour maternel « Chacun en a sa part et tous l’ont tout entier ». C’était vrai pour Jeanne et Romain ; ce ne l’était pas pour Alexis.
En 1946, à l’automne, son grand-père maternel, Joseph, de Blanlhac, mourut. Alexis avait six ans et demi. Il était allé souvent avec sa mère et sa sœur à Blanlhac pendant l’occupation pour chercher du ravitaillement. Alexis adorait ce grand-père. Mais à cette époque les enfants étaient tenus à l’écart de la mort et des enterrements. Il ne put aller à ses funérailles et en voulut à son père qui avait dit la règle. Ce rejet lui resta en travers de la gorge comme un deuil impossible, car non vécu.
Le statut de fermier ne donnait aucun droit sur la ferme. Sa grand-mère maternelle, Anna, veuve, ne pouvant exploiter seule la ferme, dut la quitter. Son fils Maurice était marié à Clermont-Ferrand avec Joséphine ; sa fille Claudia était mariée à Saint-Étienne avec Léonard et sa dernière fille éva avec François, agriculteur à Mezères. La mémé Anna, comme on l’appelait, se retrouvait non seulement seule mais sans rien. À cette époque, on ne plaçait pas les parents dans les maisons de retraite, on les assumait à la maison. Clémence et Pierre décidèrent de prendre Anna chez eux. Ils avaient fait construire avant la guerre une petite maison où ils habitaient tous les cinq. Une grande pièce du rez-de-chaussée fut transformée pour devenir le logement de la mémé Anna.
Des relations filiales de complicité et surtout d’amitié se tissèrent entre Anna et Alexis qui fut toujours son petit-fils préféré. Elle lui contait des histoires, le vieux temps, la famille ; la mémoire du grand-père Joseph était sa conversation préférée. Elle trouvait des ressemblances entre son défunt mari et son petit-fils ; sa mère Clémence confirmait cette ressemblance, leur façon de marcher surtout, mais aussi de caractère, de tempérament. Anna avait toujours quelques friandises pour Alexis. Quelquefois elle lui préparait des râpées pour son quatre heures au retour de l’école dont il se souviendrait toute sa vie ; elle excellait surtout dans la préparation des caillettes, souvenir des batteuses qui régalaient toute la famille. L’été, pour se faire trois francs six sous, et pour revoir des anciens pays, elle partait dans les fermes entre Blanlhac et Rosières où elle raccommodait le linge et tricotait des lainages pour l’hiver. Elle allait en particulier chez les Chavagnot et les Flourier qui avaient de très grandes fermes avec des troupeaux et des chevaux de labour. Elle emmenait Alexis avec elle ; il s’ennuyait au garage de son père car il avait peu le goût de la mécanique au contraire de son jeune frère Romain qui, tout petit, courait déjà autour des voitures à réparer. Alexis s’imprégnait de ce monde rural qui était son pays. Sa vie durant il considérerait que la vraie vie était à la campagne, dans la nature, avec les animaux.
Du côté paternel ses grands-parents habitaient Retournac où ils tenaient toujours leur boulangerie-pâtisserie. Sa grand-mère Line-Berthe était petite bourgeoise, commerçante aisée ; elle maintenait que son fils Pierre aurait pu mieux faire que se marier avec une paysanne. Elle avait deux autres enfants, Mathis, qui faisait carrière dans les assurances à Paris ; marié avec Hortense, parisienne de naissance, il était le modèle prôné par Line-Berthe ; Louise, mariée avec Firmin, était restée à Craponne-sur-Arzon, où son mari tenait une quincaillerie.

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