Editions Jeanne d'Arc

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25 rue de la Gazelle
43000 Le Puy-En-Velay
Tél. 04 71 02 11 34

Sur les sentiers de l’enfance
Germaine Llodra-Marcon
2001 - 216 pages

ISBN : 9782911794117

Quantité :

19.00 €

Format 15 x 21 cm - 216 pages

Résumé - Auteur - Lire quelques pages
 

Résumé
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Germaine Llodra-Marcon fait revivre Marie, l’héroïne de son premier roman(1), particulièrement pendant toute son enfance (de 1946 à 1958).
Cette pastorale ressemble à un musée local dont le conservateur aurait voulu sauver de l’oubli tout ce qui a servi, et qu’il ne faut surtout pas jeter. A la seule différence qu’ici, ce ne sont pas des objets qui ont été rassemblés, mais de coutumes, des légendes, des mots, des dictons, des bruits, des odeurs, des couleurs, des saveurs… d’antan.
Une impression de paix et de douceur s’exhale de ces pages, malgré la vie rude qu’on menait jadis en Auvergne.
Tout y est matière à une longue rêverie nostalgique : paysages enchanteurs, nature encore intacte...

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Auteur
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Germaine Llodra-Marcon, née en Haute-Loire, est sensiblement de la même génération que Marie, personnage principal de ce livre.
De souche paysanne et très attachée à son terroir, elle a fait appel à ses souvenirs d’enfance qui lui ont permis de « créer l’ambiance d’autrefois ».

Fidèle à son style limpide comme une eau de source, mais également imagé : Germaine Llodra-Marcon emploie, à ravir, le langage juste des gens de la terre, et possède l’art de vous plonger dans l’atmosphère de cette époque.

La fraîcheur, l’authenticité de ses romans vous rappelleront certainement « La Petite maison dans la prairie », l’auteur ayant gardé son âme d’enfant.

(1) Son premier roman du terroir « Le soleil dans le lavoir », qui a été traduit en anglais sous le titre « To catch the sun in the water », a obtenu un prix au concours national et international 2001 des Arts et Lettres de France.

 

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Lire quelques pages
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A mes enfants et à toute ma descendance,
afin qu'ils sachent qu'un peu de lave de mes beaux sucs (1)
coule dans leurs veines.


Le village natal de Marie

"Quand je verrai ce qu'il y a dessus, sans m'étirer, je serai une grande !" pense Marie deux ans et demi, en se hissant sur la pointe des pieds, et en s'accrochant tant bien que mal à la toile cirée qui recouvre la lourde table fermière de la cuisine.
Nous sommes en 1946 et Marie habite un petit village de montagne : village typique d'Auvergne ou du Velay, situé à un ou deux kilomètres du hameau où naquit Jules Romains(4) : près de Saint-Julien-Chapteuil. Les maisons en pierres volcaniques d'un noir-bleuté très caractéristique, ont des murs très épais, de petites fenêtres et un imposant toit en "lauzes"(5). Habitations faites pour résister aux hivers rigoureux de l'époque et au temps qui passe. Certaines d'entre-elles ont plus de deux cents ans, si on s'en réfère à la date gravée de main d'homme sur la "pierre de taille" située au-dessus de l'entrée principale.
Dans les années 1940, nul ne connaissait le chauffage central à la campagne. Mais les paysans, depuis longtemps, avaient trouvé une énergie naturelle et gratuite pour moins souffrir du froid très rude dans leurs montagnes. En effet, souvent pour aboutir dans la pièce principale qui servait de cuisine et de salle à manger, il fallait d'abord passer par l'étable où vivaient les bêtes : vaches, veaux, lapins, cochons, chèvres et poules. Tout ce petit monde vivait en harmonie avec les êtres humains. Les vaches, cinq ou six, rien à voir avec les gros élevages de maintenant, étaient attachées à leur crèche pendant toute la durée de l'hiver et lâchées deux fois par jour pour aller boire à la rivière ou à l'abreuvoir. Ruminant inlassablement, elles vous regardaient approcher d'un air interrogateur lorsque vous ne faisiez pas partie de leurs familiers. Les veaux, enfermés jour et nuit dans leurs parcs, n'en sortaient que pour téter leur mère matin et soir. Lorsqu'un inconnu pénétrait dans leur domaine, poules et coqs, couchés à la tombée de la nuit, comme chacun sait, étiraient le cou dans tous les sens, tournaient des yeux tout ronds et se mettaient à caqueter à qui mieux-mieux du haut de leur perchoir. Les cochons souvent énormes, se roulaient indifféremment dans la paille ou le fumier, sans aucun complexe, et grognaient pacifiquement à votre approche. Les chèvres attachées, parce que très dévergondées de nature, roulaient d'inquiétants yeux verts, fendus en leur centre d'un gros trait noir, en nous voyant entrer. Tous ces animaux fort sympathiques dégageaient de nombreuses calories, et, même lorsqu'il "burlait"(3) dehors ou qu'il gelait à "pierre-fendre", une douce chaleur nous envahissait lorsqu'on pénétrait dans ces lieux.
Comme chez beaucoup de voisins, l'habitation comprenait une grande pièce principale au rez-de-chaussée, meublée sobrement d'une table imposante entourée de chaises paillées, le tout fait à la main, avec des outils rudimentaires, par les hommes pendant l'hiver, qui, à l'époque, durait de la Toussaint jusqu'à Pâques. Dans les murs, des placards avec des portes en bois fermées par des chevillettes. Il était courant que le lit des grands-parents, ou des parents, se cache derrière une porte double, dans une sorte d'alcôve encastrée dans le mur : c'était le "lit-clos".
Un fourneau noir en fonte s'efforçait de réchauffer toute la maisonnée. Chez les "riches" du village, il s'agrémentait de portes en faïence décorées de paysages, de fleurs, ou d'animaux.
C'était le lieu de rassemblement des enfants Legrain au retour de l'école, ou pendant les longues veillées d'hiver. Le crépitement des bûches, la danse des flammes qu'on voyait par l'ouverture frontale, le doux ronronnement de l'eau dans la bouillotte en cuivre, encastrée sur un côté, tenaient compagnie à la mère lorsqu'elle était seule. A tel point que, plusieurs années après, lorsqu'on a changé son vieux fourneau pour le remplacer par un "feu continu" tout blanc, elle l'a toujours regretté. C'était une vraie présence pour elle. Alors que cette cuisinière moderne, beaucoup plus propre, ne les enfumant pas, et chauffant bien mieux, jour et nuit, manquait d’éléments essentiels pour elle – la poésie, le charme d'un feu de bois – c'était comme si l'âme de la maison avait disparu !
Il ne faut pas oublier la grande horloge encastrée dans un mur elle aussi. Son gros cadran orné de chiffres romains était souvent surmonté d'une scène champêtre sculptée dans le cuivre. Un gros balancier, ventru à souhait, rythmait les journées. Elle sonnait toutes les heures, jour et nuit, d'un son doux et cristallin inimitable et inimité. Inconsciemment, cette sonnerie était un point de repère pour chacun des membres de la famille, car, par la suite, elle leur a manqué.
Plusieurs fois par an, les femmes de la maison "l'astiquaient" jusqu'à ce que son balancier, et tous ses ornements en cuivre brillent comme le soleil ! L'horloge, au même titre que le feu de bois, était une présence pour la mère, et aucune pendule moderne, aussi sophistiquée soit-elle, n'a pu la remplacer dans son cœur.
A l'étage, deux chambres : une pour les cinq garçons : Michel, Paul, Roger, Claude et Albert dont l'âge s'échelonnait respectivement de seize à six ans, l'autre pour les filles : Thérèse la grande sœur de quatorze ans et Marie. Les lits, en bois, s'enorgueillissaient d'énormes édredons rouges ou or, remplis de duvet d'oie ou de canard. Les parents et les plus âgés des enfants avaient droit à un matelas en laine de mouton.
Les plus jeunes devaient se contenter d'une paillasse remplie de feuilles de fayards qu'on changeait fréquemment.
Ils allaient en faire provision tous les automnes quand les feuilles étaient tombées. En même temps, ils cherchaient les faînes, petits fruits du hêtre, de forme triangulaire, dont il fallait enlever l'écorce brune avant de s'en régaler. La nuit, disparaissant en grande partie sous l'édredon, ils n'avaient pas froid. Pourtant, il gelait dans les chambres ! Marie se souviendra toujours avec nostalgie, des merveilleux dessins dont le givre ornait les vitres au petit matin : fougères délicates qui s'évanouissaient aux premiers rayons du soleil. D'énormes glaçons en forme de stalactites pendaient le long des toitures. A midi, les enfants prenaient un malin plaisir à les casser, en revenant de l'école. Marie était émerveillée en les observant lorsqu'il y avait du soleil. Elle avait l'impression d'admirer des diamants tellement ils brillaient de mille facettes : la nature est si belle lorsqu'on prend la peine de la regarder !
Maisons simples et rustiques, sans aucun confort : ni eau courante, ni sanitaires bien entendu, mais où l'on n'avait pas trop froid en hiver et qui étaient fraîches au cœur de l'été.
La famille Legrain allait chercher, à la fontaine du village, l'eau qui coulait, hiver comme été, avec un débit gros comme un bras. A cette époque, personne ne se rendait compte que cette eau de source fraîche et pure était un vrai trésor ! Car, qui aurait pu croire qu'à peine trente ans après, ces mêmes fontaines deviendraient souvent muettes et stériles. On a détourné beaucoup de sources. On a mélangé leur eau avec celle des rivières pour l'installer dans les maisons. La pollution aidant, on a été obligé d'y ajouter maints produits chimiques, ce qui fait que de nos jours, l'eau du robinet est souvent imbuvable !
Surplombant leur hameau composé d'une poignée de fermes, se trouve un village un peu plus important : "Queyrières". Quelques maisons groupées autour de l'église, elle-même adossée à un rocher d'orgues volcaniques noir-bleuté, inégalables en beauté. Ces dernières témoignent qu'il y a plusieurs siècles, un volcan est entré en éruption à cet endroit-là. En refroidissant, les laves ont donné ces formes particulières, tellement régulières, qu'on les croirait faites par un artiste. Cette église, en pierres du pays, avec son toit en lauzes d'une beauté peu ordinaire, nous rappelle qu'à cette époque, il y avait des hommes qui avaient un sens inné du beau.
Jadis, un ou deux cafés ne désemplissaient pas dimanches et jours de fête. On y dansait au son de l'accordéon le dimanche après-midi. Il y avait aussi un boulanger, un épicier chez lequel l'on trouvait de tout. L'épicerie voisinait sans complexe avec les vêtements, les sabots, les chaussures, la quincaillerie, etc. C'était en quelque sorte le supermarché de l'époque, mais tellement plus sympathique et plus accueillant ! On faisait la causette avec le patron ou la patronne, ceci en patois bien entendu ! On s'appelait par son prénom et on se tutoyait. Tout le monde s'apitoyait ou se réjouissait du malheur ou du bonheur de chacun.
Devant l'église, une place avec un arbre immense, bi-centenaire qui, encore de nos jours, nous fait don de son ombrage bienfaisant les jours de canicule. Un ou deux bancs sont installés près de son tronc. Sur la droite, la mairie. Un peu plus loin "le bacha"(6) des vaches où coule encore, presque miraculeusement, une eau fraîche et pure. Son murmure a accompagné tous les mariages, baptêmes, mais aussi plus tristement les enterrements des enfants du pays.
De cette place, on a une vue magnifique sur les monts du Velay, lorsque le temps est clair.
L'horizon de la prime enfance de Marie était limité par des sucs(1) aux couleurs changeantes selon la saison.

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