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Mon été 1914 au Puy Prisonnière cent jours en France
Fanny Hoessl
Récit traduit de l'allemand par Jean-Louis Spieser
2013 - 228 pages
Une Allemande raconte sa détention au camp de La Chartreuse + autres témoignages

ISBN : 9782362620317

Quantité :

18.00 €

Format 14,8 X 21 cm - 228 pages

Résumé
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« Bien sûr, les bombes lancées à Sarajevo avaient aussi fait sursauter les cœurs à Munich, mais je m’étais dit alors : “Qu’ils se débrouillent entre eux, là en bas !” tout en ficelant avec insouciance mon baluchon pour les vacances que je projetais depuis longtemps de passer dans le sud de la France en compagnie de ma sœur… »
Cette insouciance nous vaut le témoignage rare, publié en 1915 et inédit en France, d’une Allemande cultivée qui a posé un regard acéré sur la société française à une époque où la xénophobie et le nationalisme étaient d’une violence inimaginable. Grâce à son témoignage, le lecteur entre en 1914 dans le « camp de concentration des étrangers » de la Chartreuse à Brives-Charensac près du Puy-en-Velay. Les lettres collectées par l’auteur après sa libération, lui feront aussi découvrir l’existence d’autres lieux d’enfermement en France.
Une cinquantaine de documents d’époque, inédits, illustrent ce récit ainsi que l’enquête menée par le traducteur aux archives départementales de la Haute-Loire pour chercher la version des autorités françaises de ce que le maire du Puy, Géraud Gibelin, qualifiait déjà en 1914 de « vilaine page de l’histoire de France ».

 

Auteur
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Fanny Hoessl (1862-1949), préceptrice dans de nombreuses familles aristocratiques de l’ancienne Europe, a été « internée » pendant une centaine de jours, juste parce qu’elle était allemande et qu’elle avait accueilli avec désinvolture l’ordre intimé aux étrangers de quitter le sol français.

Jean-Louis Spieser, enseignant à la retraite, accueille les documents anciens qui arrivent à lui comme des invitations à remonter le fil du temps et, si nécessaire, les traduit pour partager ses découvertes.

Préfaces de Jean-Claude Farcy, historien, ancien chargé de recherche au CNRS et d’Auguste Rivet, docteur ès lettres.
 

Lire un extrait
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Mon été 1914 au Puy-en-Velay
Prisonnière cent jours en France
Fanny Hoessl
 
suivi de
Lettres de civils allemands encore internés en France en 1915, rassemblées et commentées par l’auteur
 
 
Traduction de l’allemand et annotations
de Jean-Louis SPIESER 
 
Préfaces de Jean-Claude Farcy et Auguste Rivet

L’œuvre originale a été publiée pour la première fois sous le titre Hundert Tage Gefangene in Frankreich nebst Briefen von deutschen Zivilgefangenen in Frankreich par Süddeutsche Monatshetfe à Münich et Leipzig en 1915.
© version française Editions Jeanne d’Arc, 2013



 

Préface


 

Un camp de concentration à la Chartreuse, près du Puy, pendant la Première Guerre Mondiale ? Non, il n'y a pas erreur de date car si l'on associe généralement l'expression à la guerre suivante en pensant aux camps d'extermination nazis, il a bien existé, dans la plupart des pays en guerre lors du premier conflit mondial, des dépôts et camps où l'on a regroupé - concentré - une population civile suspecte de par sa nationalité ennemie. Dans l'ancien petit séminaire de Brives-Charensac, plusieurs centaines de ressortissants des Empires allemand et autrichien ainsi que des Alsaciens « libérés » par les premières offensives françaises, vont être internés pendant tout ou partie de la guerre. Les uns travaillaient en France depuis plusieurs années, d'autres y séjournaient comme touristes...

Jean-Claude Farcy, ancien chargé de recherche au CNRS

 
 Récit :

Bien sûr, les bombes lancées à Sarajevo avaient aussi fait sursauter les cœurs à Munich, mais je m’étais dit alors : « Qu’ils se débrouillent entre eux, là en bas ! » tout en ficelant avec insouciance mon baluchon pour les vacances que je projetais depuis longtemps de passer dans le sud de la France en compagnie de ma sœur. Je suis arrivée à Lyon le 24 juillet. Le dimanche suivant, mon regard plongeait du haut de la célèbre colline romaine de Fourvière dans le tableau superbe que m’offrait la ville. Une vilaine injure derrière moi brisa le charme dans lequel je me trouvais. « Ces Allemands, disait quelqu’un, finissent par nous embêter ! » Et deux personnes de se raconter comment les sales boches avaient remporté, et de loin, la dernière course automobil, mais l’un d’eux ajouta : « Ils ne sont pas près de revenir se battre pour le prochain prix ; on a failli les caillasser ! »
 

Indignée, je redescendis en ville. Une foule nerveuse, qui avait perçu des rumeurs de guerre, gonflait sur  la grande Place Bellecour. Partout des visages pâles de terreur, et déjà, devant tous les bâtiments officiels, des rangs de policiers armés jusqu’aux dents. Cette nuit-là eut lieu la première des dix nuits de manifestations. J’avais beau habiter dans un faubourg, j’entendais, le cœur battant, résonner les invectives pendant des heures et des heures. On criait sans jamais s’arrêter : « Conspuez Guillaume ! Guillaume à mort ! A bas Berlin ! » Cette vague sonore monstrueuse faisait vaciller les lampadaires, les cordes des instruments la propageaient et le téléphone la reprenait : « Guillaume à mort ! » C’est ainsi que les damnés de l’enfer doivent hurler leurs blasphèmes. Par la fenêtre entra soudain une odeur âpre d’incendie et lorsque je la fermai, la colline de la Croix-Rousse, le quartier des canuts, comme on nomme ici les ouvriers de la soie, brasillait de rouge. C’étaient certainement les entreprises allemandes et alsaciennes qui flambaient, alors que leurs propriétaires se terraient dans quelque recoin sombre.
Dans les jours qui suivirent on placarda des affiches qui appelaient au calme ; les socialistes allemands demandaient à leurs frères français de préserver la paix, et puis se produisirent l’assassinat de Jaurès, l’auteur probable de ces affiches, et la libération de Mme Caillaux, ardente apôtre de la guerre, tout comme l’était son mari ; le bruit courait, qu’ils avaient assuré Poincaré de mettre les millions qu’ils avaient volés à sa disposition.
Je ne cessais de me demander si je devais m’enfuir ou pas, mais tout en connaissant le manque de fermeté de notre Kaiser je me disais comme bien d’autres que la situation pouvait encore s’arranger. Le 29 juillet, c’est pleine d’espoir que j’allai dîner le soir en la prestigieuse compagnie des membres de l’académie des sciences dont l’ignorance en matière de politique m’horrifia. L’un d’eux estimait : 
- « Il suffirait que le Kaiser dise au François-Joseph de se tenir tranquille et qu’il arrête de faire souffrir le grand peuple que sont les Serbes. Pourquoi donc leur a-t-on pris la Bosnie et l’Herzégovine ? 
- Pardon, rétorquai-je, ces deux pays n’ont jamais fait partie de la Serbie. La Serbie est un royaume depuis 1820, et elle a été fondée par un riche éleveur de porcs.
- C’est une jolie légende !», se moqua dans un sourire condescendant, un second académicien alors qu’un troisième ajoutait :
- « La Bosnie, c’est l’Alsace-Lorraine des Autrichiens. Et même si le Kaiser veut la paix, son fils, le Kronprinz, a besoin d’une guerre pour faire oublier la vie dissolue qu’il mène. »
Je ne pouvais pas laisser passer cette remarque sans réagir :
- «  Ce n’est pas vrai et puis les maîtresses de Louis XIV ont coûté cent fois moins à la France que la masse des maîtresses des républicains qui vous dirigent ! »
Je pris la défense de mon empereur à tel point que je sentais le rouge gagner mon visage et cela me causa un grand tort, car plus tard, aucun de ces messieurs ne jugea bon de donner suite lorsque je les suppliai de me procurer une couverture chaude, un peu de linge ou une recommandation appuyée de leur part.
Je fis ma petite valise, persuadée qu’il serait facile de rejoindre la frontière en cas de difficulté. Mais c’était sans compter sur la déloyauté de mon aubergiste. Le samedi 1er août, on placarda l’avis de mobilisation générale, ou apparaissait aussi en lettres géantes l’ordre donné à tous les étrangers de quitter la ville. Il faisait à peine jour lorsque je me retrouvai à la gare en compagnie de ma sœur, avec juste un petit sac à main ; j’avais fini par prendre peur.
Cent fois déjà j’avais entendu marmonner à gauche, à droite, tout autour de moi : « Les boches à la lanterne ! »  Je ne réussis pas à me frayer un chemin jusqu’au fourgon à bagages. Sans cesse on me repoussait et un employé, plutôt haut placé, me beugla :
- «  Il fallait prendre l’avis au sérieux et partir avant !
 

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